J’ai brièvement fait mention de ce qu’était l’association ERASMUS dans le chapitre précédent, et je pense qu’il est intéressant de vous parler du International Exchange ERASMUS Student Network (ESN). C’est un réseau européen représenté dans 30 différents pays, un organisme à but non lucratif, non-aligné politiquement ou religieusement, et dont l’objectif principal est d’aider les étudiants étrangers à s’intégrer dans leur ville d’accueil en organisant une foule d’activités ouvertes autant aux étudiants en échange qu’aux étudiants locaux. En fait, le principe c’est students helping students.
Par exemple, c’est ESN qui a organisé le « City Quiz » suivi de la visite guidée de la cathédrale Domkyrkan à la mi-janvier. Ils n’organisent pas que des visites culturelles, mais aussi (pour nommer quelques autres activités) beaucoup de sorties dans des pubs, des voyages en Suède (tel qu’à Kiruna, dans le nord du pays, pour voir les aurores boréales) ou même à l’extérieur de la Suède (tel qu’en Russie), ainsi que des activités comme des BBQ ou des soirées cinéma. Jeudi dernier, ils proposaient une visite guidée de Gamla Linköping.
Gamla Linköping est une reconstitution du village de Linköping tel qu’il était il y a environ 150 ans de cela (gamla signifie « vieux »). Les 90 bâtiments et maisons s’y retrouvant sont authentiques ou sinon ils le sont partiellement, selon qu’ils ont survécu ou non au feu ravageur ayant détruit une bonne partie du village au courant de la deuxième moitié du 19e siècle. Évidemment, au fil des ans, l’accroissement de la population a entraîné l’expansion et la modernisation de la ville, et les vieux bâtiments se sont retrouvés éparpillés parmi les nouveaux édifices. Pour préserver son histoire, la ville de Linköping a déplacé les vieux bâtiments dans un même endroit, sur un vaste terrain donné à la ville par un Suédois dont je ne me rappelle plus du nom, et ils ont baptisé cette reconstitution Gamla Linköping. C’est à peine à cinq minutes de vélo du Campus Valla (où j’étudie), et donc à dix minutes de chez moi.
Il s’agit d’un musée en plein-air ouvert à l’année longue, que l’ont peu non seulement visiter gratuitement, mais où l’on peut également prendre un café, manger au restaurant, et faire des emplettes dans une épicerie datant de 1873 où l’on peut acheter des bonbons à la manière traditionnelle, c’est-à-dire dans des cônes en papier.
Ce vieux-Linköping est un musée contenant d’autres musées : la banque, le poste de police et la caserne de pompiers en sont des exemples, mais ces derniers étaient tous fermés au moment de notre visite qui commençait assez tard, vers 17h30. Il faisait alors déjà nuit noire, et notre guide nous a plutôt fait explorer trois maisons particulières, en agrémentant notre visite de commentaires sur l’histoire familiale de ceux qui y avaient habités, sur l’architecture, sur les divers objets qui meublaient les différentes pièces et sur la manière dont ces demeures avaient été léguées à Gamla Linköping.
Nous avons commencé par visiter la maison du Baron von Lingen. Cette maison fut reconstruite dans son intégrité à Gamla Linköping en se basant sur un inventaire de propriété datant de 1820 puisqu’une bonne partie du bâtiment original avait brûlé, mais ils avaient assez d’indices pour être en mesure d’en faire une parfaite réplique. La demeure se caractérise par une façade extérieure austère et s’inspirant de l’architecture du début du 18e siècle, faisant contraste à un intérieur plus chaleureux, conçu selon la mode de la fin des années 1700. J’ai beaucoup aimé les décorations florales peintes à la main sur tous les murs du salon, ainsi que les vieux meubles très stylisés, dont les pattes en bois avaient été sculptées sans rien laisser au hasard, démontrant une foule de fioritures et d’ornements délicats.
Le foyer était également le fruit d'un travail attentif et artistique, dont les nombreuses tuile (en céramique?) racontaient une histoire incohérent mais joliment imagée, réunissant une bande de personnages plutôt hétéroclites: un soliste jouant du violon dans la forêt, un bûcheron revenant du travail, un pique-nique en famille, etc.
En scrutant les chaises, les bureaux et plus particulièrement les lits, on constatait combien la taille des gens était petite comparée à celle des générations de ce siècle et du siècle dernier. Pas de bœuf aux hormones à l'époque... ;-)
La deuxième visite nous a conduit dans une maison datant de 1910, ayant appartenu à une famille de la classe moyenne. Sigfrid et Hanna Nilson se l'étaient appropriée en 1913, et à leur mort en 1936, ce sont leurs deux filles qui la gardèrent, plus particulièrement Carin Nilson, la cadette devenue sculptrice. Habitant désormais à Stockholm, elle avaitt accepté de déménager la demeure familiale à Gamla Linköping à condition que celle-ci soit reconstruite telle quelle, avec les meubles et objets aux mêmes endroits, et que la cuisine soit rénovée et modernisée pour qu'elle puisse emménager dans la maison plus tard pour y vivre jusqu'à sa mort, ce après quoi elle la lèguerait au musée. Ses requêtes furent toutes respectées, mais elle ne pu être témoin du résultat final et ne remis jamais les pieds dans la maison de son enfance puisqu'elle fut victime d'un accident grave qui la força de séjourner à l'hôpital jusqu'à la fin de ses jours. La maison fut ainsi léguée à Gamla Linköping au cours des années 1960.
La troisième et dernière maison, datant de 1920, en était une de la classe ouvrière, et avait appartenu à Albin Anderson et sa famille. À l’époque, le peuple suédois s’était prononcé en faveur de donner la chance à toutes les familles dont la situation financière était précaire d’avoir droit à un foyer où s’établir et où vivre dans un confort minimal. Des gens de la classe ouvrière eurent ainsi accès à des petites maisons modestes telle celle de M. Anderson. Ce dernier et sa femme n’eurent qu’un enfant, ne pouvant se permettre d’en avoir plus, mais ce garçon, grâce aux économies de ses parents, pu aller à l’école et grâce au fruit de son labeur, il devint éventuellement professeur à l’université. C’est lui qui garda la maison intacte au travers les années, s’occupant de ses parents jusqu’à leur mort et préservant leurs biens pour ensuite tout léguer au musée.
La visite guidée s’est terminée là, et vu le froid et la noirceur, chacun est rentré chez soi. Je me suis promis d’y retourner durant les heures de clarté, un jour où il ne pleuvrait pas. À peine deux jours plus tard, le soleil s’est ENFIN pointé le bout du nez (pour la deuxième fois en trois semaines!), puis j’y suis aussitôt retournée. J’ai ajouté ma nouvelle série de photos à celles de la visite guidée pour vous donner un bon aperçu.
J’y retournerai certainement encore et encore au cours des prochains mois, et je ne peux qu’imaginer combien ça doit être beau au printemps quand les arbres sont en fleurs et que le gazon est d’un vert vibrant. Cet endroit a beau être une attraction touristique, ce n’est pourtant pas du tout « quétaine » et on voit que la population locale et certains habitués sont tous aussi charmés que les étrangers qui s’y promènent avec délectation pour la première fois.
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