Pour nous permettre de découvrir notre nouvelle ville d’accueil, l’université a organisé un « City Quiz » et une visité guidée de la fameuse cathédrale Domkyrka, qui date du 12e siècle et qui est la fierté de Linköping.
Tous les étudiants étrangers intéressés avaient rendez-vous devant la cathédrale, où l’ont nous a divisé en équipe de cinq pour ensuite se voir remettre une carte de la ville et un questionnaire recto-verso avec des questions nous forçant à trouver des endroits et des informations spécifiques partout dans le centre-ville, de sorte à nous aider à mieux nous orienter pour le futur et à nous faire entrer en contact avec des suédois.
Il y avait un seul critère pour la formation des équipes : au moins deux nationalités par groupe. Dans mon équipe, nous avions cinq nationalités (italienne, singapourienne, allemande, lithuanienne et… canadienne)! Nous avons décidé, vu le temps très frisquet, de trouver un endroit chaud où nous n’avions pas besoin de consommer quelque chose (Burger King!) pour nous asseoir et tenter de tracer un trajet efficace pour trouver tous les endroits mentionnés dans le questionnaire. Ce n’était pas tout à fait évident, car souvent on ne nous demandait que des choses comme « Que vend-t-on à tel endroit? », sans savoir où se situait l’endroit en question. Nous avons achalé les jeunes adolescents suédois assis à la table d’à côté pour obtenir quelques indices, et puis nous sommes reparties affronter le froid armées de quelques directions, de notre carte et notre crayon. Nous avons déambulé dans les rues pendant une heure et demie. Parfois, nous sommes arrivées au bon endroit par hasard, souvent, nous avons dû revenir sur nos pas et à plusieurs reprises, nous avons interpellé des passants pour se faire orienter.
C’était vraiment comique et agréable comme façon de visiter la ville, et il faut le dire, les suédois sont EXTRÊMEMENT serviables! Tous ceux que nous avons questionné nous ont gentiment aidé, et jamais ils n’ont accepté de nous laisser partir sans répondre à au moins une de nos interrogations, quitte à demander à un autre passant s’ils ne connaissaient pas eux-mêmes la réponse. Une dame nous a dit d’attendre que son mari sorte du magasin où il se trouvait pour qu’il tente sa chance lui aussi alors qu’elle ne parvenait pas à se souvenir du nom d’une rue en particulier… C’était très drôle!
Un des endroits que nous devions trouver était une banque, et ça adonnait bien, car une des questions exigeait que l’on trouva quel était le taux moyen de taxation pour les suédois de Linköping (c’est environ 33,5%).
L’une des questions voulait également que l’on réussisse à trouver le prix d’un timbre pour envoyer une carte postale à l’étranger, et laissez-moi vous dire qu’à 12 SEK le timbre, je n’en enverrai pas des tonnes! Désolée!!!
Aussi, il fallait trouver un endroit qui, finalement, était le magasin d’alcool, et il fallait trouver les heures d’ouverture pour le mercredi. En arrivant sur place, il y avait UNE FILE D’ATTENTE!!! Une longue file d’attente en plus! (voir la photo du diaporama ainsi que les faits intéressants à la fin de ce message pour plus de détails…).
Mes coéquipières ont très bien travaillé, et même si j’ai contribué aux recherches, je me suis surtout occupée de prendre quelques photos en cours de chemin (voir le diaporama)! J’étais la seule à avoir traîné ma caméra, alors je me suis assignée ce « rôle » que j’ai pris bien au sérieux! ;-)
Bref, de retour à la cathédrale pour faire un topo, il ne nous manquait qu’une réponse, mais certaines équipes ont réussi à tout trouver, et celle avec toutes les bonnes réponses s’est vue remettre un livre sur les traditions suédoises (écrit en anglais, ouf!).
Ensuite, c’était le temps de visiter la cathédrale. Pour ma part, pendant que Fanny (la responsable des étudiants étrangers) révisait les questionnaires pour faire son topo, je me suis infiltrée dans la cathédrale pour avoir un avant-goût de ce qui nous attendait. J’ai soudain aperçu le prêtre qui était venu nous présenter son discours le jour d’avant pendant l’orientation (Peter Andreasson), et j’ai voulu aller lui parler en devinant que c’était lui qui serait notre guide pour la visite.
C’est le genre d’homme dont la présence est sereine, dont la voix est immédiatement apaisante, la posture droite mais pas rigide, les yeux ridés comme ceux de quelqu’un qui a rit et sourit beaucoup pendant sa vie, et dont la passion est visible, celle du contact avec les gens, celle de la vie tout simplement. Enfin, on peut dire qu’il n’a sans doute pas raté sa vocation, et il n’est donc pas surprenant qu’on ait envie d’aller lui parler!
J’avais été un peu surprise de voir un prêtre venir nous parler pendant la journée d’accueil, mais vu qu’il m’avait fait une certaine impression durant sa présentation, maintenant en le voyant seul, j’ai eu envie de partager cette impression avec lui.
Je suis donc allée le voir et il m’a serré la main tout de suite en me voyant. Je lui ai expliqué que j’étais parmi les étudiants présents la journée précédente, et il m’a dit « oui-oui, je me souviens bien de toi, tu étais assise dans la première rangée en avant, assez à ma gauche ». Pouah! On était au moins trois cents dans la salle… fou-fou-fou.
Alors, je lui ai dit que je trouvais ça… intéressant qu’un prêtre vienne parler d’aumônerie pendant la journée d’orientation des étudiants étrangers. J’ai essayé de lui expliquer que je ne trouvais pas ça bizarre, mais pas « normal » non plus. Juste surprenant. Je lui ai très brièvement parlé de la Révolution Tranquille, de notre héritage catholique et de la situation actuelle dans les mœurs de la société québécoise. Je lui ai dit que quand j’étais à Bishop’s, il y avait une chapelle sur le campus, et que des groupes étudiants formaient des associations telle « Bible studies » où certains étudiants étudiaient la Bible pour le fun. Pour des québécois francophones comme moi, c’était inhabituel de voir des jeunes faire ça comme passe-temps ou hobby. On ne trouve pas de chose comme ça dans les universités francophones (pas que je sache), et donc je trouvais ça drôle de retrouver cette présence religieuse sur le campus ici à Linköping, comme à Bishop’s.
Ensuite, je lui ai avoué que je trouvais ça quand même bien d’avoir une alternative pour les étudiants qui ressentaient le besoin de parler à quelqu’un de neutre tout en étant confidentiel, sans nécessairement être pratiquant ou de la même foi que l’église protestante. Il a sourit en m’écoutant, et il m’a expliqué que la présence de l’aumônerie sur le campus n’était pas demeurée inaperçue ou incontestée, et qu’elle demeurait d’ailleurs le sujet de sérieuses interrogations de la part du gouvernement local (pour ne pas dire un sujet de polémique), inquiet de donner l’impression que l’université prenait parti pour une religion en particulier.
Pourtant, c’était clair dans la présentation du jour d’avant que ce n’était pas de la prédication en faveur de la religion protestante, mais plutôt un service disponible non seulement pour ceux qui souhaitait aller à l’église, mais aussi pour ceux qui voulaient chanter dans une chorale, ou encore pour trouver un service de consultation, de discussion ou même un service d’assistance pour trouver des contacts pour ceux adhérant à une autre foi et voulant trouver un lieu de culte en conséquence, que ce soit une mosquée, une synagogue, un temple bouddhiste ou une église évangélique, etc., peu importe.
En tout cas, c’était chouette de lui parler même si ce n’était pas longtemps puisqu’on s’est fait interrompre par Ann-Kathrin, mon amie allemande, car c’était le temps d’écouter les résultats du questionnaire à l’extérieur.
Ainsi, de retour dans la cathédrale après le topo, c’était le temps de faire la visite, durant laquelle on a appris toutes sortes de choses sur cette cathédrale particulièrement intéressante en raison de son âge, de ses particularités architecturale et artistique, et de son histoire.
Au 12e siècle, les gens de Linköping ont commencé à construire une église pour pratiquer leur religion, mais elle est éventuellement devenue trop petite pour la population de la ville. Ainsi, 300 ans après la construction de la première église, en 1230, les gens ont décidé de commencer à construire la cathédrale actuelle, mais ils ont manqué de pierres et ont décidé de déconstruire l’ancienne petite église pour finir de construire la cathédrale. En 1885, la tour de la cathédrale devenait son addition la plus récente, et du haut de ses 107 mètres, c’était le bâtiment le plus haut de toute la Suède pendant assez longtemps (sauf que Stockholm détient désormais ce record). Comme l’a dit le prêtre, la Suède n’est pas un pays de grattes-ciel!
À l’intérieur de la cathédrale, lorsqu’on regarde à l’avant, on voit que les colonnes sont plus sobres et, à mesure que l’on regarde vers l’arrière, les colonnes sont de plus en plus élaborées et massives. C’est que l’avant est vraiment plus vieux que l’arrière.
Proche de l’arrière, on retrouve l’Arbre de Vie, qui est l’œuvre d’art la plus récente dans la cathédrale. Cet « Arbre de Vie » est mentionné dans le premier et dernier chapitre de la Bible (la Genèse et le livre de l’Apocalypse), oui-oui, c’est l’arbre dans lequel Ève a cueilli la fameuse pomme qui a fait des femmes des grosses méchantes dans la religion catholique, mais c’était surtout et d’abord l’arbre qui conférait la vie éternelle… En tout cas! On ne commencera pas un débat religieux! Dans la cathédrale, l’arbre en argent, en or et en verre qui est « planté » dans la pierre est une œuvre d’art qui a été réalisée par l’artiste Carl Gustav Jahnsson (en partie du moins, car il est mort avant d’avoir fini), et il symbolise l’Arbre de Vie et ses neufs fruits spirituels, tel que mentionné dans la Bible. Ces fruits spirituels sont des vertus spirituelles qui, semble-t-il, guérissent l’âme et confèrent la vie éternelle. Il s’agit de : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, l’humilité et la tempérance. À qui la vie éternelle?!
À l’avant de la cathédrale (à l’intérieur toujours), prêt de l’hôtel, il y a un énorme crucifix en bois au plafond qui date du 14e siècle, et c’est assez impressionnant de voir qu’il a survécu à plusieurs feux pendant son histoire. Il se dénomme d’ailleurs le « Crucifix du Triomphe », un trésor pour la cathédrale.
Toujours dans ce coin de la cathédrale, il y a une murale et tout au centre, il y a une représentation de Jésus qui a les bras grands ouverts pour accueillir les gens qui entrent. C’est l’œuvre du norvégien Henrik Sörensen. Comme vous pouvez le voir sur la photo dans le diaporama, Jésus, et bien, il a l’air vraiment très scandinave. Pas de barbe, blond aux yeux bleus… En fait, il y a eu une grosse controverse puisque l’œuvre a été réalisée sur place et achevée en 1935, et on a accusé l’artiste d’être nazi en raison de la ressemblance de son Jésus avec l’image de la race aryenne promue par Hitler. En fait, il a répliqué que sa représentation de Jésus était faite ainsi pour rappeler un frère ou un ami…
Dans la Chapelle de Marie, il y a la « Fenêtre de la Vierge ». Il s’agit de vitraux qui sont vraiment très particuliers. Il n’y a pas de couleurs, juste du verre transparent, mais gravé de quantité de détails incroyables. Cette œuvre est le résultat d’une collaboration entre l’artiste Lisa Bauer et le graveur Lars Börnesson, et a été inaugurée en 1997. C’est l’une des plus grandes gravures sur verre jamais réalisée.
À ce qu’il paraît, le jour de Noël l’année dernière (2008), il y avait tellement de monde qui sont venus à la messe que… il y avait une très longue file et pas tout le monde n'a pu rentrer. Aaaaah, la Suède et ses files d’attente!
Après cette visite guidée fort instructive, tout le monde est reparti de son côté, et mon équipe ainsi que quelques autres (dont la française Delphine rencontrée le premier jour dans le supermarché, TJ le lithuanien, Matthias l’allemand, et Ben, Ashley et Vincent les singapouriens…) sommes retournés au centre-ville pour prendre un café chez « Barista ». Les discussions ont fusés du bout des tables que nous avons monopolisées, et encore une fois, une foule d’échanges pertinents ont eu lieu. C’est vraiment génial d’être entourée d’autant de personnes d’origines et de milieux différents!
Encore des faits (très aléatoires) suédois intéressants :
- Linköping a célébré son 700e anniversaire en 1987, et c’est la 5e plus grande municipalité de Suède.
- Les relations suédois-norvégiens s’apparentent apparemment à celles des canadiens-américains ou encore des néo-zélandais-australiens, mais en plus amical. Ils ne s’aiment pas beaucoup en tant que peuples, mais au niveau individuel, ils ne s’haïssent pas non plus…
- Le roi de la Suède, Carl XVI Gustaf, a mal orthographié son nom lorsqu’il a signé son document d’accession au trône, ainsi qu’en 1973 lorsqu’il a écrit son nom sur un mur de pierre lors d’une visite dans une mine de cuivre. Certains parlent de dyslexie, et d’autres… de consanguinité!
- Les suédois ne boivent pratiquement pas une goutte d’alcool la semaine, mais ils mettent vraiment le paquet la fin de semaine, d’où les interminables files d’attente à la porte d’entrée des quelques magasins d’alcool à Linköping les vendredi et samedi. Outre les raisons lucratives motivant le monopole gouvernemental sur l’alcool, semble-t-il qu’il y a des motivations d’ordre social également derrière une telle règlementation…
- Il faut avoir 20 ans pour pouvoir acheter de l’alcool dans un magasin, mais l’âge légal pour boire en Suède est de 18 ans. Il est donc possible de consommer de l’alcool à 18 ans, mais pas d’en acheter. Selon les dires de notre beau policier d’hier, que l’on ait une grosse barbe grise, les cheveux blancs ou l’allure de quelqu’un qui a 75 ans, il faut toujours montrer une pièce d’identité indiquant son âge lorsqu’on achète de l’alcool!
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