jeudi 26 mars 2009

CHAPITRE 31 - Edinburgh, Jour 1

Imaginez-vous un vieux livre de contes avec une reliure en cuir brun usé, mais finement ciselé, dont la couverture est décorée d’un titre en italique calligraphié couleur or, avec des pages de papier épais et gondolé qui, lorsqu’on les feuillette, craquent comme de vieux os secs et fragiles. Ces pages aux rhumatismes bruyants dégagent une faible odeur d’encre, d’humidité et de poussière, légèrement écœurante mais qui ne vous empêche pas de vouloir vous enfouir le nez dedans et d’aspirer un grand coup, en retenant votre souffle longtemps, comme pour préserver l’effet d’étourdissement qui commence à s’installer en vous. Certaines pages sont graisseuses en raison de toutes les mains qui ont manié ce trésor, et le cuir usé de la couverture est lisse et luisant par endroits. Les images représentent soit des châteaux dont les murs sont décorés de lourdes tapisseries, soit des forêts épaisses et sombres, habitées de personnages et de créatures parfois fades, parfois colorés, parfois magnifiques, parfois grotesques, parfois magiques, parfois malséantes…


Je ne sais pas pourquoi, mais c’est l’impression que me donne Édimbourg. Un vieux livre de conte qui fait rêver. La modernité est manifeste par les chics édifices qui hébergent des magasins raffinés où seuls quelques produits sont exhibés dans de grands espaces, sans la moindre trace de prix. Pourtant la ville transpire l’histoire avec ses nombreux monuments et églises qui parsèment les différents quartiers, ainsi que ces centaines de portes magnifiques qui retiennent mon attention à tous les trois pas que je prends alors que je sillonne les rues sans but précis.


À une extrémité de la Royal Mile (la rue principale) est perché le château d’Édimbourg, qui domine le centre-ville. Il a apparemment inspiré celui qu’on retrouve dans les livres de Harry Potter, J. K. Rowling ayant écrit une partie de ses livres dans le café « The Elephant House », dont certaines fenêtres offrent une vue magnifique sur le château d’Édimbourg. À l’autre extrémité de la rue principale, on retrouve les résidences royales d’Écosse, Holyroodhouse Palace, qui font face au Parlement d’Écosse et dont l’arrière-plan donne sur Arthur’s seat, le plus haut des sommets du Park Holyrood et qui surplombe la ville du haut de ses 261 mètres.


Je me suis rendue en Écosse avec Lubomir, un ami slovaque avec qui j’avais été en Pologne deux semaines plus tôt. C’est un passionné de voyages lui aussi! Nous nous sommes rendus ici grâce à RyanAir, et après avoir pris une navette de l’aéroport jusqu’au centre-ville, nous avons trouvé notre auberge de jeunesse, qui se trouve juste au pied du château. Nous ne l’avons pas vraiment vu et avons eu quelques difficultés à trouvé l’auberge car il faisait déjà nuit noire à notre arrivée et les indications que nous avions imprimées pour trouver notre chemin n’était pas idéales. Une fois installés dans nos chambres respectives, nous nous sommes retrouvés quelques minutes dans le hall d’entrée pour nous donner rendez-vous pour le lendemain matin. Souffrant d’une migraine et de nausées, je n’ai pas tardé à me coucher. Il était encore tôt, mais j’étais si « maganée » que je n’ai à peine remarqué les allées et venues des quinze autres occupantes de la chambre pendant la soirée, me souvenant vaguement que la lumière est restée ouverte une bonne partie de la nuit.


Au réveil le lendemain matin, il faisait un temps radieux et je me sentais merveilleusement bien! C’est là que j’ai pu me rendre compte à quel point nous étions bien situés et que le château se trouvait réellement juste en face de l’auberge de jeunesse, perché au sommet d’un promontoire. Tel que je l’ai mentionné précédemment, le Edinburgh Castle se trouve à l’extrémité de la rue principale (Royal Mile). Le château, qu'on appelait jadis « Din Eidyn », est devenu le château royal principal d'Écosse au Moyen Âge et fut assiégé à maintes reprises durant les longues guerres avec l'Angleterre. Depuis 1566, le château n'est qu'une forteresse de garnison (encore aujourd'hui) et il est devenu un icône nationale, déclarée site du patrimoine mondial. Castle Rock est le plus ancien site fortifié de Grande-Bretagne qui ait été continuellement occupé.


Après un déjeuner à l’auberge, Lubo et moi avons décidé de profiter du beau soleil pour visiter le château. On nous a averti à maintes reprises que la température était changeante ici, et qu’un ciel bleu pouvait facilement virer au noir et se déverser sur nos têtes sans aucun avertissement.


J’ai adoré la visite! Notre guide, habillé d’un pantalon tartan, nous a raconté l’histoire du château avec humour et, même s’il n’était pas originaire d’Écosse (il était anglais), son accent était tout de même absolument charmant.


J’ai particulièrement apprécié la visite des caves du château. Deux étages de caves en pierre telles des cavernes se situent en profondeur sous le Great Hall et le Queen Anne Building. Elles ont eu des usages multiples au cours des siècles, mais c'est leur usage de prison de guerre qui enflamme le plus notre imagination. La plupart des prisonniers étaient des marins, et ils rêvaient toujours de s'évader. L'un d'eux se cacha même dans une charrette remplie d'excréments pour s’échapper, mais son corps s'écrasa sur les rochers plutôt que dans l’eau lorsqu'on vida la charrette par-dessus les remparts du château. Quatre autres prisonniers s'échappèrent en 1799 en glissant en bas des rochers sur des cordes à linge. L'évasion la plus hardie eut lieu en 1811 lorsque 49 prisonniers creusèrent le mur du parapet sous la batterie; hormis l'un d'entre eux, ils parvinrent tous à s'échapper. Le trou est encore visible aujourd'hui. Voir la vidéo ci-dessous pour la reconstitution d’une scène d’autrefois entre prisonniers… Pour plus de détails sur la visite du château, voyez les commentaires du diaporama en fin de chapitre.




Après la visite du château, il était temps de se ravitailler. Lubo et moi avons choisi le Castle Arms, un pub vraiment bien où l'on peut manger de la nourriture écossaise « typique » et boire de la bière en fût. Beaucoup de gens locaux s'y rendent pour manger ou boire, et les backpackers de mon auberge ont droit à un rabais sur le menu ainsi que l'alcool. Il faisait si froid et j’avais si faim que j’ai osé essayer le Yorkshire pudding, mais quand même pas le Haggis. Je ne peux dire que c’est mon plat favori, mais ça a rempli le trou qui s’était creusé dans mon estomac!


Nous avons ensuite passé l’après-midi à nous promener le long de la Royal Mile, admirant les divers édifices dont les portes m’ont charmées (voir le diaporama qui suit).



Cette promenade nous a menée jusqu’à Holyrood Park, où l’on retrouve le sommet le plus haut du parc, qui s'élève à 251 mètre au-dessus de la ville. Arthur's seat représente un paysage typique des highlands d'Écosse en plein centre-ville! Le soleil continuant de briller, nous avons décidé de monter jusqu’en haut. C'était MAGNIFIQUE, autant en haut qu’en cours d’ascension!!! Il ventait TELLEMENT fort! Je ne portais pas des bons souliers de marche et venu le temps de grimper les derniers mètres jusqu’au sommet, j’ai décidé de m’arrêter et d’attendre Lubo dans un coin où il ventait un peu moins. J’avais peur (vraiment peur) de m'envoler si je montais plus haut. Il ventait si fort que j'arrivais à m'appuyer SUR LE VENT avec tout le poids de mon corps, sans tomber. La seule chose avec laquelle je pourrais comparer la force du vent, c'est mon saut en parachute en Nouvelle-Zélande où je tombais du ciel à des vitesses de 200km/h. Lubo est éventuellement venu me rejoindre, me racontant qu'il n'avait même pas été capable de faire face au vent tellement ça soufflait fort tout en haut. Nous avons tenu nos tuques avec nos deux mains pour ne pas qu'ils s'envolent alors que nous commencions à redescendre.


Nous sommes arrivés en bas en un morceau, mais il en aurait fallu de peu pour que nous déboulions pendant plusieurs centaines de mètres tellement le vent soufflait fort de tous les côtés en même temps!


Il se faisait tard, mais nous avons réussi à nous rendre au Holyroodhouse Palace à temps pour acheter des billets et faire une visite. Nous étions les derniers visiteurs de la journée, car la caissière de la billetterie a fermé sa caisse juste après nous avoir donné nos billets. Ouf! Il faisait encore beau, alors il fallait en profiter autant que possible pendant qu’il faisait encore clair dehors.


Le Palais fut fondé par David Ier d'Écosse en 1128 à titre de monastère. Il se trouve tout au bout de la Royal Mile, à l’opposé du château, qu’on ne peut toutefois voir de là car il s’agit d’une très longue artère. Son nom, Holyrood, est une version anglaise de Haly ruid en scots, qui signifie « Sainte croix ». En passant, je me permets de faire une parenthèse : le scots est une langue germanique parlée en Écosse et dans le nord de l’Irlande (dans l’Ulster), qui ne doit pas être confondu avec le gaélique écossais, parlé dans les Highlands et dans les Hébrides (archipel du Royaume-Uni situé à l'ouest de l’Écosse)[1]. Ainsi, le scots et le gaélique écossais sont tous deux reconnus comme étant des langues nationales en Écosse.


Depuis le XVe siècle, le Palais de Holyrood est la résidence officielle principale des rois et reines d’Écosse (la reine Marie Stuart y a vécu entre 1561 and 1567). Aujourd’hui, il s’agit de la résidence officielle du monarque britannique au pouvoir (Elizabeth II) lors de ses séjours en Écosse. Le rôle du palais s’est accru depuis l’ouverture du parlement écossais en 1999, avec des membres de la famille royale qui y séjournent régulièrement tout au long de l’année. La reine Elizabeth II y passe une semaine à chaque été (la dernière semaine de juin ou la première de juillet) afin d’y organiser des réceptions en plein air ou des cérémonies officielles.


La visite dure environ une heure et nous savourons tous les menus détails qui nous sont dictés sur un audio-guide à mesure que nous déambulons dans les corridors du palais, qui sont étroitement surveillés par des gardes de sécurité. Venu le moment de quitter les lieux, nous constatons que le soleil se couche et que nous sommes les derniers visiteurs de la journée.


Lubo et moi remontons la Royal Mile en partageant nos impressions de la journée. Avant de n’arriver à la hauteur de notre auberge de jeunesse, nous bifurquons sur la rue South Bridge afin de trouver le supermarché dont nous ont parlé les gens à la réception de notre auberge. Nous marchons une dizaine de minutes, puis la rue change de nom pour devenir Nicolson St. Nous passons devant le « Festival Theatre », et après l’échange d’un regard, nous décidons d’y entrer pour voir si des billets de dernière minute sont disponibles pour un spectacle moindrement intéressant. De fait, la troupe de danse hip-hop de rue « Pied Piper » se donne en spectacle ce soir-là, et Lubo et moi sautons sur l’occasion. Nos billets achetés pour la représentation à 19h30, nous nous dépêchons de trouver le supermarché, faire nos courses, rentrer à l’auberge pour prendre une douche et manger, puis nous revenons au théâtre pour assister au spectacle.


Nous sommes divertis par la troupe pendant près de deux heures, de la première jusqu'à la dernière minute. Quel talent! C’était absolument incroyable!! Vraiment très original. J'ai adoré le scénario et la danse hip-hop mêlée aux arts-martiaux, le tout pour raconter une intrigue vieille de plusieurs centaines d'années (voir la description ci-dessous), mais transformée pour être d'actualité, en lien avec les gangs de rues, la corruption au niveau municipal, la violence, le sexe, bref, tout ce qu'on retrouve à la télé de nos jours... mais exprimé à travers la danse.


Le nom de la troupe (Pied Piper) est inspiré du conte « Le joueur de flûte de Hamelin », une légende allemande datant de 1284 et qui raconte l’histoire d’un joueur de flûte payé par le maire de la ville d’Hamelin pour débarrasser la ville des rats qui l’ont envahie et qui l’infestent. C’est en jouant de sa flûte que l’homme a pu attirer les rats jusqu’à la rivière arrosant la ville, où ils se noyèrent tous. Malgré qu’il ait accompli la tâche qu’on lui avait assignée, le joueur de flûte ne fut pourtant pas été payé, même que les habitants de la ville le chassèrent à coups de pierres. Il quitta donc la ville, mais seulement pour y revenir quelques semaines plus tard afin de se venger. En plein milieu de la nuit, il joua sa flûte pour attirer les enfants de Hamelin vers une grotte qui se referma derrière eux. Cette fin macabre a plusieurs versions différentes (les enfants se noient dans la rivière ou meurent dans un glissement de terrain), mais en bout de ligne, les enfants finissent toujours par succomber.


Aaaaah, ces allemands et leurs contes macabres! Ils l’ont l’affaire! Haha… Les frères Grimm ont publié leur propre version de cette histoire en 1816, version qui a inspiré le poème « Le joueur de pipeau de Hamelin » de Robert Browning, écrit en 1849. C’est ce poème qui aurait inspiré la performance contemporaine donnée par la troupe « Pied Piper ». L'histoire dans le spectacle a lieu dans un milieu urbain contemporain mais inconnu, où les rats sont incarnés par des jeunes habillés en "hoodies" noirs qui font du trouble (des trafiquants de drogue, des prostituées, etc., qui sont considérée comme de la vermine sociale) dont des politiciens locaux (qui ont l'allure de clowns en costume-cravates) tentent de se débarrasser en engageant le "pied piper". Voici une vidéo donnant un aperçu de ce que nous avons vu :



Pour ceux qui en voulaient plus…



Notre première journée à Édimbourg fut donc une journée bien remplie et tout à fait mémorable. Je ne suis ici que depuis 24 heures mais je suis déjà conquise!!! J’ai hâte de voir ce que les autres journées nous réservent… En attendant, DODO!





[1] Je ne peux m’empêcher de mentionner que le gaélique écossais est également parlé par quelques communautés de Nouvelle-Écosse (surtout dans l’Île du Cap-Breton).

vendredi 20 mars 2009

CHAPITRE 30 - Bonne fête!

Pour mon anniversaire, j'ai eu droit non pas à une mais bien à TROIS surprises!! Tout d'abord, vers l'heure du dîner, on a sonné à ma porte pour me livrer un énorme bouquet de magnifiques fleurs! Elles étaient de Henning. AAaaaaaaaw, qu'il est hot mon chum! :-)

Ensuite, en début d'après-midi, Simona et Martina sont venues sonner à mon corridor pour me surprendre avec un gâteau d'anniversaire qu'elles avaient préparé avec Anka (qui ne pouvaient malheureusement pas être là car elle avait cours). Je leur ai ouvert la porte, et elles ont crié "HAPPY BIRTHDAY" en rigolant. Les bougies étaient déjà allumées et prêtes à être soufflées. Je ne m'attendait vraiment pas à ça, surtout que je n'avais pas soufflé mot de mon anniversaire à qui que ce soit. Mais avec Facebook... on ne peut rien cacher à personne...

En soirée, un party était prévu par certains amis originaires de l'Asie centrale afin de souligner et de célébrer l'arrivée du printemps. Mon amie et collègue de classe Irina avait offert de passer me chercher chez moi pour qu'on s'y rende ensemble. En fin de compte, elle s'est présentée avec plusieurs autres de mes amis avec, encore une fois, un gâteau d'anniversaire!! Wooow! Je suis vraiment chanceuse!!!! Nous avons bavardé tout en nous gavant de chocolat, puis nous sommes partis faire la fête.

Quelle belle journée!!! :-)


jeudi 19 mars 2009

CHAPITRE 29 - John Bauer Gymnasiet

L’école secondaire. Onze ans après m’y être vue décerner un diplôme, je suis toujours aussi soulagée d’avoir complété cette étape de ma vie. C’est la pensée qui traverse mon esprit alors que je franchis la porte du John Bauer Gymnasiet, une école secondaire dans la ville de Linköping à proximité de mon université.


J’observe les adolescents déambuler nonchalamment dans les couloirs, ceux qui fument une « cloppe » devant l’entrée principale, et ceux qui se chamaillent dans le lobby à côté des tables de ping-pong et de babyfoot (ils ont du budget ici! haha).


Je suis ici pour participer à des séances de conversation en anglais avec quelques groupes d’étudiants qui se trouvent dans les classes de Bella, Christian et Karin, trois professeurs qui ont organisé ce projet. Les étudiants se sont vu remis des consignes très précises dans le cadre du projet, et ils ont eu toute la session pour se préparer en conséquent. Le projet s’intitule « Moving abroad ». Les étudiants, en petites équipes, doivent s’imaginer dans le rôle de parents ayant une famille constituée de deux enfants, respectivement âgés de 12 et 17 ans. La famille que les étudiants personnifient doit déménager à l’étranger dans un pays anglophone pour quelques années. Les étudiants peuvent choisir d’immigrer au Canada, aux États-Unis, en Australie ou en Grande-Bretagne.


Afin de faire un choix réfléchi, ils doivent enquêter sur les différents pays en trouvant de l’information sur le système d’éducation, le système de santé, les différences et similarités entre lesdits pays et la Suède, etc. Ensuite, ils doivent préparer une série de questions qu’ils poseront à des invités qui participeront à des séminaires avec eux : Eric et Annie (américains), Chris (anglais), Ed, Rhys et Paul (australiens) et Shannon, Peter et moi (canadiens). Nous sommes tous étudiants à l’université de Linköping, à l’exception de Chris, qui est un professeur à la retraite (et qui, autrefois, faisait partie du Merchant Navy). Mais j’aurai l’occasion de vous reparler de Chris dans un autre chapitre, c’est tout un personnage!


C’est ainsi que, pendant quelques semaines, je me suis retrouvée à faire la « conversation » avec de jeunes ados, élaborant sur les us et coutumes de notre grand pays (avec une emphase sur le Québec). Malheureusement, ils étaient complètement désintéressés pour la plupart… Les premiers groupes furent les pires. Deux classes de garçons, JUSTE des garçons, qui étudient en concentration informatique et qui n’ont jamais vraiment eu de relations sociales extensives, du moins, autres qu’avec leur ordinateur. Les séances de discussion avec eux furent longues et pénibles, et les questions posées furent principalement orientées sur les lois par rapport à la consommation d’alcool et de drogues. Les lois à ce sujet sont très strictes en Suède, et certains ados se sont vantés d’user de réseaux illégaux de vente d’alcool afin de s’approvisionner pour faire la fête les fins de semaine. Wooaaaw.


Dans d’autres groupes, nous avons été confrontés à des jeunes plutôt effrontés. Une fille en particulier me revient en tête. Une blonde qui portait ses lunettes de soleil en classe. La première fois que nous l’avons vu, elle a tapé les fesses de son professeur avec une pile de papier alors que ce dernier sortait de la classe pour nous laisser discuter avec les étudiants. Il n’a même pas réagit! Je pense qu’il était sidéré, mais plutôt que de réprimander l’adolescente, il a fait comme si de rien n’était. Voyons-donc!


Cette fille nous a donné du fil à retordre, mais moi quand j’étais dans une petite pièce avec son groupe à l’écart du reste de la classe, je me suis dit que tant qu’à perdre mon temps, j’allais les faire baver un peu. J’ai été aussi provocante qu’eux en leur renvoyant les questions stupides qu’ils me posaient et quand ça ne donnait plus rien de discuter, je leur ai fait chanter leur hymne national et quelques chansons folkloriques. Enfin, je leur ai raconté des faits divers sur le Canada…


Ils ont particulièrement apprécié l’histoire du « toe shot », mieux connu sous le nom de « Sourtoe Cocktail », de mon amie canadienne Shannon. Cette dernière habite au Yukon mais est originaire de la Colombie-Britannique. Elle m’a raconté que les gens qui vivent au Yukon sans y être nés sont baptisé « outsiders ». Cependant, après un an, on les rebaptise en tant que vrai « Yukoners », mais seulement après avoir survécu à un rite incontournable : boire le « toe shot » au Downtown Hotel à Dawson City au Yukon. C’est un shooter de whiskey Yukon Jack, avec un orteil amputé dedans. Un VRAI orteil amputé (avec l’ongle). Les orteils amputés proviennent entre autres de malheureuses personnes s’étant gelé les extrémités dans le froid du Grand Nord et ayant fait don de ce petit bout de corps à l’hôpital dans l’optique d’être un jour touché par les lèvres d’un Yukonnais « en devenir » lorsqu’il avalera son shooter (sans l’orteil, au risque de se voir imposer une amende de $250.00!). Ce cocktail anthropophage coûte une dizaine de dollars et est servi par le maintenant célèbre Capitaine Dick Stevenson, qui récite sa phrase fétiche au moment où il remet son drink à l’heureux élu : « Drink it fast, or drink it slow, but your lips must touch this gnarly looking toe ». Il faut en effet que les lèvres du buveur touchent l’orteil au moment où il avale son shooter. J’ai un gag juste en y pensant…


Grâce à de telles histoires, j’ai réussi à captiver mon « public », leur faire apprendre un peu d’anglais et leur faire découvrir des aspects inusités de la culture canadienne, tout en inspirant des parcelles de leur respect! Ha!!!! J’ai déjà été ado moi aussi… ;-)


Je ne suis pas certaine de savoir ce que ces jeunes ont appris de nous (outre des histoires farfelues), mais je sais que moi, j’en ai appris pas mal sur eux! Sans nécessairement s’en rendre compte, ils nous ont livré des secrets sur leurs habitudes et leurs pensées. Ils m’ont surtout convaincue que les ados sont partout pareils!!!

mardi 17 mars 2009

CHAPITRE 28 - Cracovie, Jours 3 & 4


À la découverte de Cracovie


Malheureusement, Henning est parti pour l’aéroport à 5h ce matin. Déjà! Mais cela ne m’a pas empêché de partir à la découverte de la ville, en commençant par la basilique Sainte-Marie (Kościół Mariacki). Il s’agit d’une magnifique église gothique située en plein cœur de la place principale, construite au cours des 15e et 16e siècles. La basilique servait à la classe bourgeoise. On y retrouve une foule de richesses (dont beaucoup d’or!). Il faut payer pour prendre des photos et plusieurs gardes surveillent de près les visiteurs qui viennent faire leur tour.


Après cette brève visite, j’ai continué mon chemin et ai quitté la place principale afin d’aller me promener parmi les petites rues de Kazimierz, le vieux quartier juif. J’ai été conquise par tout ce que j’y ai vu et ressenti. J’y ai trouvé un café alternatif, le café Alchemia, éclairé uniquement à la bougie et où régnait une étrange atmosphère que je qualifierais d’atemporelle. Quoique désert lors de mon intrusion, les murs du café suintaient son histoire et ses anecdotes. Les tapis usés murmuraient tous les pas dansés au son d’une musique jazz enivrante, alors que les sous-verres en dentelle susurraient des secrets échangés à voix basses entre amoureux ou mafiosi. La jolie blonde derrière le bar cachait bien ses cernes dans la pénombre ambiante, et quoique ses lèvres charnues, ses pommettes saillantes et son nez aquilin doivent lui attirer une foule de regards admiratifs et pervers aussi, ses sourcils dont l’arcade suggère des airs sarcastiques encadrent à ravir un visage aux expressions à la fois désinvolte et arrogante qui inspirait indubitablement le respect et l’admiration.


Je me suis arrachée de ce lieu mystique avec regret après avoir bu un délicieux café, rédigé quelques cartes postales dans une dense pénombre que perçait difficilement le fin halot d’une flamme fragile et oscillante, et passé un nombre indéterminé de minutes à m’imprégner du tableau vivant aux allures de nature morte qui se présentait à moi.


En continuant ma marche dans le quartier, je suis tombée sur le Galicia Jewish Museum, où j’ai décidé de m’arrêter le temps de faire le tour d’une exposition sur les héros polonais ayant rescapé des juifs d’une mort certaine en les cachant chez eux au risque d’y perdre leur propre vie. J’ai ensuite acheté le CD de la musique qui jouait alors que je déambulais dans les deux grandes pièces où étaient exposés images et textes, une musique klezmer (qui est une tradition musicale des Juifs ashkénazes) qui semblait évoquer toute la gamme d’émotions par laquelle on pouvait passer en visitant l’exposition. Quel beau souvenir!


Avant d’entrer dans l’édifice, j’avais rencontré une jeune américaine qui faisait elle aussi une brève escapade en Europe de l’Est afin de prendre un répit de ses études en histoire à Oxford en Angleterre. Cette jeune chinoise née aux États-Unis et qui n’avait jamais mis les pieds dans le pays de ses aïeux m’a approché alors que je me dirigeais tranquillement vers le musée. Avant même qu’elle n’ait le temps d’ouvrir la bouche, à sa démarche et son expression faciale, j’ai deviné qu’elle était nord-américaine et qu’outre le fait de voyager seule, elle se sentait seule.


Nous avons piqué une petite jasette et, après ce bref échange verbal accompagné d’un échange d’adresses courriel, nous avons convenus de nous retrouver plus tard en soirée afin de prendre un verre et continuer notre discussion. Ayant moi-même voyagé seule, je connais la valeur de croiser quelqu’un qui est moindrement ouvert aux autres et qui possède une bonne oreille lorsqu’on souhaite se délivrer de toutes les expériences qu’on a accumulé à force de se promener et visiter par soi-même.


Après ma visite au musée, les borborygmes produits par mon estomac m’ont guidé chez Kuchnia u Doroty (« La cuisine de Dorothée »), où je me suis délectée devant un bol de żurek z jajkiem i kielbasą (soupe amère avec œufs et saucisses) en écrivant d’autres cartes postales. Cette pause gastronomique ravigotante m’a permise de continuer à marcher et à découvrir de nouveaux recoins de la ville pour le restant de l’après-midi.


En soirée, après un échange de courriels avec la jeune américaine, nous nous sommes retrouvées devant la basilique Sainte-Marie afin de trouver un endroit sympathique où s’asseoir pour prendre un verre. J’ai réalisé en quelques secondes que cette dernière avait maints préjugés par rapport à… TOUT! Malgré cela, nous avons réussi à trouver un lounge « à son goût », où elle pouvait boire et manger quelque chose « à son goût ». À force de la regarder scruter le menu d’un œil inquiet et de harceler le serveur qui s’exaspérait toujours plus après chaque nouvelle question, je l’ai poussé à faire un choix standard qui ne saurait la décevoir et qui m’éviterait une scène embarrassante auprès du serveur.


En sirotant nos boissons, j’ai appris qu’elle avait fait ses études à Princeton et qu’elle vivait selon les règles et les attentes de ses parents. Ceux-ci, demeurés enracinés dans la culture et la mentalité de leurs origines, avaient réussi, en lui dictant chacune de ses pensées et de ses actions, à rendre la frêle créature assise de moi parfaitement anxieuse et tourmentée par toutes les petites choses de la vie, inhibant son sens de l’initiative, de l’aventure et sa joie de vivre tout en l’encastrant dans une panoplie d’idées préconçues et la pétrifiant lorsque confronté à l’adversité. C’est ainsi qu’à l’âge de 23 ans, elle n’avait encore jamais embrassé un garçon, n’avait jamais voyagé seule, n’avait jamais fait de folies ni pris de risques… jusqu’à ce qu’elle décide de faire ce voyage.


Étouffant dans son cocon à Princeton, elle avait réussi à échapper aux griffes de son destin épouvantablement stable pour entreprendre un échange étudiant en Angleterre. N’étant toujours pas satisfaite des expériences « oxfordiennes » vécues pendant son échange étudiant, elle décida de profiter de brèves vacances pour entreprendre un voyage en Pologne et d’autres pays environnants.


Nous avons discuté de tout et de rien, et aux fils d’anecdotes, elle m’a posé trente-six milles questions sur ma vie et mon parcours, me racontant ensuite toutes ses remises en question et me demandant mon opinion et des conseils… Je sentais qu’elle m’élevait sur un piédestal où je n’avais pas lieu d’être, buvant mes paroles et s’épanouissant au fil de mes réponses. Me remémorant une conversation où les rôles étaient inversés, conversation que j’avais eue à 19 ans sur une plage en pleine nuit avec une gentille anglaise de sept ans mon aîné, je me suis dit que je pouvais bien jouer le rôle de la « grande sœur bienveillante » pour cette jeune fille assaillie par les doutes et dont l’estime de soi semblait prête à éclater en de milliers de petits morceaux dès la première secousse.


Nous avons quitté le lounge au moment où il fermait ses portes, et venu le temps de se séparer pour toujours devant la basilique Sainte-Marie, elle m’a prise par les mains et m’a dit, tout en me fixant dans les yeux, que notre rencontre fortuite lui avait fait le plus grand bien et qu’elle ne m’oublierait jamais, que j’avais changé sa vie pour toujours.


Un peu mal à l’aise, mais me sentant malgré moi soudain très légère, je suis rentrée à l’auberge me coucher…




Château de Wavel


En cette dernière journée de voyage à Cracovie, Spartak, Lubo et moi avons décidé d’aller visiter le château royal de Wavel. Nous ne l’avons pas regretté! Le temps était encore moche, mais cette fois la pluie tombait si fort qu’elle rebondissait de sorte à nous donner l’impression qu’il pleuvait « par en-dessous ».


Le château date du 9e siècle et se trouve sur un plateau calcaire à 228 mètres au-dessus du niveau de la mer, au bord de la rivière Vistule. Une légende veut qu’un dragon (le smok wawelski) vécût dans une grotte non loin du château et qu’il passait son temps à terroriser les habitants de l'ancienne Cracovie. Un dénommé Krakus aurait tué le dragon en lui offrant une peau de mouton remplie de soufre et de goudron, ce qui le poussa à boire tellement d’eau qu’il finit par exploser. Ça me plaît, haha!


Nous n’avons pu visiter que la trésorerie de la couronne puisque les autres salles d’exposition étaient fermées aux visiteurs. Nous avons principalement vu des armes de toutes sortes (armes à feu, épées, arbalètes et arquebuses…) et avons visité un grand sous-sol rempli de tapisseries et de canons. C’était très intéressant et très impressionnant.


Le temps a filé si rapidement que nous n’avons pas eu le temps de faire autre chose après la visite. Nous avons donc pris le train pour se rendre à l’aéroport, où nous avons encore une fois subi l’habituelle folie de « je n’ai pas de numéro de siège alors je dois me battre pour arriver à l’avion en premier pour être proche d’un hublot ». Pouâh! Le décollage m’a donné la chaire de poule et les chutes d’altitude en traversant de gros nuages gris ont fait peur à plus d’un passager (une chance que je n’ai pas crié), mais une fois haut dans les airs, j’ai réussi à arrêter mes genoux de trembler et je me suis concentrée sur la belle musique klezmer qui coulait dans mes oreilles maintenant que j’avais le droit d’allumer mon joueur MP3. Dire que je dois reprendre l’avion dans douze jours! À moi l’Écosse!!!!!



dimanche 15 mars 2009

CHAPITRE 27 - Cracovie, Jour 2


Jour 2 - Miejsc do zwiedzenia… (Sites à visiter…)


Auschwitz-Birkenau


Le réveil fut plus ou moins difficile, mais nous avons quand même pris le temps de déjeuner avant de partir prendre le bus qui nous mènerait jusqu’à un des plus infâmes et tristement célèbres camps de concentration d’Europe : Auschwitz-Birkenau.

Pour nous préparer à ce qui nous attend sur le terrain, un film documentaire d’une durée d’une heure nous est présenté dans l’autobus voyageur. Ce qu’on y voit est un écho des nombreux documents, films et livres qui ont traité du sujet des camps de concentration Nazis. Même si j’ai lu, vu et entendu maintes versions des événements qui ont eu lieu dans ces camps, j’éprouve encore des frissons de terreur en voyant défiler les images et témoignages sur l’écran du téléviseur.

Alors que l’autobus se gare dans le stationnement des visiteurs, le ciel bleu fait place à un ciel gris et terne, et le moment où nous mettons les pieds dehors, il se met à pleuvoir. Notre groupe est silencieux, légèrement abasourdi par la vidéo qu’il vient de visionner et s’attendant au pire pour la visite à venir.

Vous dire que j’ai senti une oppression ou un malaise dès l’instant où nous avons débarqués du bus serait un mensonge. En fait, du moment où nous sommes débarqués à Auschwitz jusqu’à celui où nous sommes tous rembarqués dans l’autobus à la fin de la visite, je me suis sentie calme, pour ne pas dire neutre.

Le seul moment où j’ai presque défailli, c’est quand j’étais dans un édifice où des tas d’objets poussiéreux étaient exhibés derrières des vitrines : lunettes, cheveux, souliers. En fait, le moment précis où l’émotion a surgi en une vague déferlante, c’est quand j’ai vu une petite sandale rouge parmi un immense amoncellement de chaussures éparses.
C’était un moment
d’intense vividité, une sorte de prise de conscience instantanée. Pourtant, nous avons parcouru des couloirs étroits de cellules sombres, humides, déprimantes et exigües, où des explications précises et des tas de détails morbides nous furent communiqués, nous avons parcourus d’autres couloirs où des centaines de photos de jeunes hommes et de jeunes femmes défuntes étaient encadrées, témoignant des très brefs séjours de plusieurs dans les camps, nous avons été confrontés à une foules d’objets et d’anecdotes sinistres et lugubres… mais pour moi, c’était une sandale rouge qui m’a fait l’effet d’une brique lancée au visage.

(source de la photo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_%28camps%29)

C’est comme si la durée entière de la visite, j’étais dans un univers parallèle, et que je m’étais transformée en un témoin non pas insensible mais robotique. Oui, un robot qui enregistre l’information donnée sans l’analyser, sans la disséminer, sans la digérer.

Notre guide était fantastique. Une dame dans la cinquantaine avancée, passionnée d’histoire, qui nous a parlé (grâce à son micro et à nos écouteurs individuels sans fil) tout le long de la visite d’une voix feutrée, de manière pragmatique et aucunement théâtrale. On voyait qu’elle racontait de manière à transmettre les faits de la manière la plus exacte possible, sans tenter d’être sensationnaliste, sans tenter d’influencer la perception des visiteurs. Elle racontait et sa manière de raconter laissait transparaître qu’elle se souciait uniquement que les gens comprissent les faits tels qu’ils avaient été, et que chacun pourrait éventuellement les interpréter à leur façon. Il faut dire que le système de casques d'écoute individuels donnaient l'impression que la guide ne s'adressait qu'à soi, ce qui faisait qu'on se sentait d'autant plus concerné par son récit...

Ainsi, sur le coup, j’ai encaissé toute l’information distribuée pendant trois heures, un détail à la fois, au rythme de la visite, et je les ai tout simplement stockés dans mon « disque dur ». C’est plus tard, une fois dans l’autobus, que la réflexion et toutes les émotions ont commencé à surgir de manière oppressante, et ce pour le restant de la journée et durant les jours qui suivirent aussi.

La visite s’est déroulée dans deux des trois principaux camps : Auschwitz I et Auschwitz II (Birkenau). Sur le deuxième site, beaucoup plus vaste et macabre que le premier, on constatait aussitôt la fonction primaire du camp : outre l’objectif secondaire des travaux forcés, le camp servait avant tout de centre de mise à mort. On pouvait presque mesurer l’ambition exterminatrice des Nazis de par la superficie du camp et le nombre de baraques étroitement alignées et se profilant à perte de vue.

(Vue aérienne du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau à son extension maximale ; l'entrée se trouve en bas à droite, prolongée vers la gauche par les voies de chemin de fer et les quais de débarquement ; à gauche, de part et d'autre de ceux-ci, deux bâtiments abritant les fours crématoires (les deux formes noires en « T ») ; de bas en haut : camp des femmes et des prisonniers en régime dur, camp principal, extension en construction. En haut à gauche, on remarque la fumée blanche, elle ne provient pas d'une cheminée du crématoire V, mais d'une crémation en plein air, en juin 1944, à côté du crématoire V. Le processus d'extermination avait atteint un niveau tellement élevé que les fours ne suivaient plus. Source de la légende et de la photo : http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_%28camps%29)

(Plan de situation des trois camps d'Auschwitz, à l'été 1944, source de la légende et du plan: http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_%28camps%29)

(Le parcours des déportés vers la chambre à gaz: source de la légende et du plan: http://fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_%28camps%29)

Malgré que les Nazis eussent tenté de tout brûler avant de fuir les lieux, l’intention maléfique du camp sautait aux yeux. En commençant par les rails de train qui prenaient fin dans l’enceinte du camp, en passant par les centaines de baraques, certaines intactes, d’autres dont le seul vestige étaient les fondations squelettiques, et en finissant par les crématoriums, la fonction ultime de Birkenau était l’extermination des juifs. C’était la mort assurée, mort par les travaux forcés, ou mort gazés.

En raison de la température pluvieuse, venteuse et glaciale, j’ai eu l’impression que nous
pouvions un peu mieux nous imaginer les horreurs subies par les détenus et les conditions immondes dans lesquelles ils étaient maintenus. Dès le moment où l’on passe l’entrée du camp et que l’on voit le sol glaiseux mouillé, les rails qui s’arrêtent net et les innombrables baraques alignées, avec par-ci par-là quelques cheminées en arrière-plan, on se sent mal. Nous avons visité quelques baraques, et avons écouté les témoignages de notre guide, constatant l’humidité perverse qui pénétrait ces bâtisses et s’imaginant des centaines de corps étendus à même le sol, tous détrempés, entassés et mêmes piétinés par les uns et les autres… Immonde. (Photo: Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l'intérieur du camp, source de la légende et de la photo: http://www.fr.wikipedia.org/wiki/Auschwitz_%28camps%29).

Enfin, je pourrais continuer à tout vous décrire, mais disons juste que tout le monde devrait voir ça au moins une fois dans sa vie, si ce n’est que pour se promettre qu’on ne laissera plus jamais une telle chose se produire. C’est fou de penser que des tas de conflits sanglants continuent à faire rage dans diverses régions du monde, dans l’indifférence ou l’ignorance des masses selon l’intérêt que portent les médias à la guerre du moment, alors que moi, j’écris ses lignes dans le confort de ma chambre et que je vais me coucher ce soir en tentant d’oublier que nous prenons trop nos vies, nos libertés et notre confort pour acquis…

Mais bon, je ne tente aucunement de faire la morale à personne, ce que je veux, c’est dire que de visiter Auschwitz-Birkenau et de penser à toute la planification qu’il y a eu avant et pendant l’Holocauste, ça fait réfléchir aux atrocités sciemment perpétrées par des humains contre d’autres humains. Je crois que ce qui m’a le plus choqué de ma visite des camps de concentration, c’est la précision chirurgicale avec laquelle quelques leaders Nazis ont su mener un plan d’extermination diabolique d’une telle ampleur pendant aussi longtemps. En fait, je n’arrive pas du tout à comprendre que des soi-disant êtres humains aient pu, en toute conscience, concevoir la mise à mort d’un peuple et ce dans tous les plus menus détails. De là à recycler les cheveux des détenus pour en faire des tapis ou des bas pour les soldats allemands, d’arracher les dents et plombages des morts pour en fondre les métaux, de faire pareil avec les lunettes et vêtements… YAR-QUE.

Okay, j’arrête, j’arrête…


Wieliczka Salt Mine


Toujours en cette deuxième journée en Pologne, une nouvelle visite nous attend. Il est presque 14h, nous n’avons pas eu de pause pour dîner, avons marché pendant trois heures, et alors que l’autobus monte et descend à toute allure dans les pentes et les courbes et que mon estomac virevolte dans tous les sens, un mal de bloc me taraude déjà le cerveau, punition de n’avoir rien mangé. Mais, en pensant aux anciens détenus du camp de concentration que nous venons tout juste de quitter, je me dis que ça pourrait être pire. Très-beaucoup-plus-pire.

Où allons-nous? La mine de sel où nous nous rendons prend son nom de la ville où elle se trouve : Wieliczka, dans le sud de la Pologne, à environ 10 km à l'Est de Cracovie. Cette mine est classée comme un site du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1978.

Pendant des siècles, le sel, appelé aussi « or blanc » là-bas, était la base de l'économie polonaise. En effet, la mine fut en opération continue du 13e siècle jusqu’à 2007, et le sel qui y était recueilli servait de sel de table. La mine atteint 327 mètres de profondeur et les passages sous-terrain qui sillonnent la mine font un parcours de plus de 300 kilomètres de long. En tant que touriste, nous n’avons parcouru qu’une fraction dérisoire de ce parcours (l’équivalent de 3,5 kilomètres en deux heures), nous permettant d’admirer de nombreuses sculptures, statues et gravures (sculptées dans le sel) et de parcourir différentes salles souterraines et galeries ainsi que d’admirer des puits historiques.

Il faut descendre plus de 380 marches pour atteindre le fond de la mine (voir la vidéo plate pour un aperçu monotone et étourdissant de cette descente), et l’escalier traverse trois niveaux différents, suite à quoi l’on continue de descendre en passant par des excavations originales: galeries longues ou larges, salles diverses, lacs et puits.Malheureusement, assommés par l’hypoglycémie, la fatigue et surtout, ne pouvant cesser de penser à la visite de la matinée, Henning et moi trainons de la patte alors que les autres se précipitent derrière notre nouveau guide pour entendre les histoires concernant la mine. Nous prenons trop de temps à photographier quelques murales et sculptures, puis nous perdons déjà notre groupe de vue. Plutôt que de tenter de s’agglutiner aux autres et de faire semblant d’écouter le guide, nous allons à notre rythme et admirons simplement la beauté des lieux. Le cœur n’y est pas, la tête non plus. Par contre, il ne faut pas se perdre parmi tous les corridors sinon nous ne retrouverons jamais la surface!

Enfin, deux heures s’écoulent, et de toute évidence, nous n’en pouvons plus de courir partout, se sachant coupable de ne pas vraiment profiter de la merveille qui se profile devant nos yeux. Nous avons clairement été trop ambitieux dans nos projets et nous nous rendons compte (trop tard) qu’il aurait mieux valu se contenter d’une seule visite dans la journée… Mais bon, heureusement pour nos pauvres jambes fatiguées d’avoir marché toute la journée, le retour à la surface se fera en ascenseur le long du puits Danilowicz, à 135 mètres de profondeur.

Je ne crois pas exagérer en disant que j’ai eu plus peur de prendre cet ascenseur (un vrai ascenseur de mineur : une très étroite cage en métal) que de faire mon saut en parachute à 12 000 pieds d’altitude! On se fait embarrer dans le « projectile » (vous allez comprendre pourquoi je le baptise ainsi dans quelques secondes) et ça fait « ding-ding » très fort avant de faire « voooooooooooooooooooom » dès que la cage se voit soudain projetée vers les cieux. Tu montes « net-frette-sec » au travers un très sombre et très étroit couloir de sel en à peine une quinzaine de secondes, avec pour seuls compagnons de trajet, outre quelques visiteurs et la peur qui te donne des papillons dans le ventre (et te donne peut-être aussi l’envie de faire pipi dans tes culottes), le bruit vociférant que fait le vent (au point de faire siller tes oreilles), sans oublier le tintamarre orchestral que fait la cage qui grince et crépite en montant plus vite qu’on ne le croirait possible, à un point tel que j’ai l’impression que les flammèches doivent fuser en-dessous de nous…

Mais nous arrivons sains et saufs (et quelque peu étourdis) à la surface, rejoignons l’autobus, puis nous nous affalons dans nos sièges. Je ne peux vous cacher que nous montrons sans doute un plus grand enthousiasme à choir dans nos sièges tel des phoques sur leur banquise que lorsque nous déambulions dans les mystérieux et fascinants passages sous-terrain de la mine. Oh la la…

Arrivés à Cracovie, ayant récupéré quelques forces et un minimum d’agilité motrice grâce au repos durant le trajet de retour, Henning et moi partons à la recherche d’un endroit pour manger. Quoi de mieux que de la bouffe traditionnelle polonaise pour restaurer nos forces?! Nous trouvons l’endroit idéal à quelques rues du Vodka Bar fréquenté le soir précédent, où nous nous délectons devant une entrée de soupes variées, dont du barszcz bialy et du barszcz czerwony, le barszcz étant le potage national polonais, qui est soit blanc ou rouge et est fait à base de betteraves fermentées.

Apparemment, il y aurait environ 300 sortes de soupes en Pologne, juste pour vous dire qu’il s’agit là d’une tradition culinaire! Ensuite, comme plat principal, nous mangeons de délicieux pierogi ruskie, autre plat typique de la cuisine polonaise qui consiste en un genre de raviolis farcis (dans ce cas-ci de pommes de terre et de fromage blanc). Miam! C’est délicieux!!! Bon appétit, et bonne nuit! ;-)

samedi 14 mars 2009

CHAPITRE 26 - Cracovie, Jour 1


Jour 1 - Poproszę szklankę wódka? (Puis-je avoir un verre de vodka?)


L’escapade en Pologne fut le premier d’une série de voyages « de fin de semaine » qui se sont succédés au cours des mois de mars et avril. Grâce aux nombreuses ventes de sièges de la compagnie aérienne RyanAir, j’ai pu découvrir des nouveaux coins de l’Europe à bas prix, profitant des tarifs hors-saison.

Malheureusement, depuis le vol que j’ai pris en partance de Nanyang vers Beijing en juillet 2007, j’ai développé une aversion de prendre l’avion. Je n’avais jamais vécu de telles turbulences… Je n’ai jamais particulièrement aimé prendre l’avion (les sièges trop petits, les longs vols, etc.), mais depuis l’épisode en Chine, j’éprouve désormais un stress fou à la moindre turbulence. Je n’en suis pas au point de prendre des pilules pour me calmer, ni au point d’arrêter de voyager, mais disons que le moins j’ai à prendre l’avion, le mieux je me porte!

Ainsi, à chaque fois que je trouve des billets d’avion bon marché, je suis hyper contente d’avoir la chance de découvrir de nouveaux horizons, mais en même temps, je me morfonds à l’idée de devoir rembarquer dans un avion. De plus, je ne suis pas nécessairement ravie à l’idée de voler avec une compagnie aérienne qui vend ses billets pour une poignée de dollars car même si cela me fait économiser beaucoup, cela me pousse également à me poser de sérieuses questions sur les standards de sécurité et le niveau d’entraînement des pilotes et des agents de bord... Mais, c’est toujours la pulsion de voyager qui finis par s’imposer, faisant temporairement taire mes inquiétudes, du moins jusqu’au moment précédant l’embarquement.

Enfin, le vol vers la Pologne s’est bien déroulé et pour au moins quelques jours, je pouvais rester tranquille et ne penser qu’à mes futures découvertes. Je suis partie à Cracovie en compagnie de Spartak (Kazakhstan) et de Lubomir (Slovaquie), deux garçons que j’ai rencontrés par hasard à Ryd en jouant au soccer. Ils ne sont pas dans mes cours, mais ils connaissent pratiquement tous mes collègues de classe. Quand on habite dans un endroit comme Ryd, on se rend rapidement compte que tout le monde se connaît! J’avais prévu partir par moi-même, mais finalement j’ai décidé d’informer mon entourage de mes plans au-cas-où il y avait des intéressés, et ces deux-là se sont manifestés.

Alors, nous somme partis pour une escapade de quatre jours. Mieux encore que le voyage en lui-même, j’avais rendez-vous avec Henning sur place. En effet, ce n’étais pas prévu au départ, mais mon amoureux et moi avons jugé que la Pologne, étant si près de l’Allemagne, serait une belle occasion de se revoir le temps d’une fin de semaine (on est tellement jet-set, hhahahaaa!).

Henning est arrivé à Cracovie tôt en matinée le samedi 14 mars, alors que Spartak, Lubo et moi sommes arrivés plus tard en fin d’après-midi. Ainsi, après s’être promené dans la ville pendant quelques heures, Henning nous a accueillis à l’aéroport, d’où nous avons pris un train qui, après une vingtaine de minutes, nous a laissé à une station se trouvant à 200 mètres de l’auberge de jeunesse. Henning nous a guidé jusqu’à la dite auberge située à peine à dix minutes à pied du centre-ville.



Henning et moi sommes restés dans une auberge de jeunesse différente de celle où sont restés Spartak et Lubo, sauf que les deux appartiennent au même propriétaire. Respectivement dénommés le Greg & Tom Hostel 1 et le Greg & Tom Hostel 2 (G&T 1 & 2), ces auberges sont, sans aucune exagération, les meilleures auberges de jeunesse où j’ai séjourné. Ce sont des auberges localisées à proximité d’un grand centre commercial et à quelques pas du centre-ville, de petites tailles, joliment décorées et dont le staff est vraiment charmant et serviable. Pour un prix presque risible, le déjeuner (énorme) ET le souper (des plats polonais cuisinés par le staff) sont inclus dans le prix de la nuitée. Le G&T 1 est l’auberge principale, où l’on retrouve le bureau de réception (ouvert 24h), une salle commune avec télévision grand écran, quatre ordinateurs avec Internet haute-vitesse gratuit (munis de caméras web) et qui abrite une série de dortoirs aux lits peu nombreux (et non-superposés). Pour sa part le G&T 2 est une auberge secondaire qui n’offre que des chambres double (chambres privées avec lit double), où l’on retrouve une cuisine et une salle de bain commune (ultra propre).



Ainsi, une fois installé dans nos auberges respectives, notre petit groupe, auquel s’est ajouté un « nouvel ami » australien, est parti pour le centre-ville boire une bière (et de la vodka!).

Quelle soirée!! C’était génial! Nous avons suivi les recommandations du staff et nous sommes rendus dans le « Klub Re » sur la rue Mikołajska. L’endroit baignait dans un nuage de fumée de cigarette, visible dans la pénombre en raison de l’éclairage aux chandelles. Nous avons été chanceux de nous trouver une petite table dans une salle un peu en retrait de l’aire principale, et nous avons échangé une foule d’anecdotes tout en sirotant nos boissons.

C’est ainsi que nous avons découvert que Sean, l’australien rencontré quelques minutes plus tôt, était clairement la personne que nous avons rencontrée qui avait le plus voyagé dans sa vie de jeune trentenaire. Il nous a raconté des bribes cocasses de ses différents voyages dans divers recoins du monde, parfois exécutés dans le cadre du travail, mais tout aussi souvent pour le plaisir. Son passeport était si plein et surtout si usé qu’on ne pouvait même pas en connaître l’origine en regardant la couverture! Il était bleu et usé, et les inscriptions dorées du dessus avaient été effacées par le temps, mais principalement suite à un épisode dans la machine à laver. Ce n’est qu’en ouvrant à la première page que l’on pouvait y voir les armoiries de l’Australie : un bouclier avec un kangourou et un émeu. Petite parenthèse, ces animaux sont natifs d'Australie, mais ce ne serait pas l’unique raison pour laquelle ils ont été choisis, en fait, c’est parce que ces animaux ne peuvent pas reculer (ils en sont physiologiquement incapables), ce qui symboliserait le fait que l’Australie est un pays qui ne peut qu’aller de l'avant… Intéressant! ;-)

(Armoiries de l'Australie, source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Armoiries_de_l%27Australie)

Ce fameux passeport et ses nombreux déplacements (ainsi que le facteur « profilage racial ») auraient valu à Sean une séance d’interrogation à la Guantanamo lors de sa première visite au… Canada! Sans blague, je n’aurais jamais cru que nos douanes pouvaient être aussi traumatisantes!

C’était à l’aéroport de Vancouver en 2006, et ils l’ont interrogé pendant SIX HEURES! Les agents d’immigration de l’aéroport ne croyaient pas qu’il venait visiter le Canada pour son plaisir personnel avant de se rendre aux États-Unis pour le travail. Ils l’ont harcelé et questionné en essayant de le mélanger et de lui faire dire des choses contradictoires, au point où il a finit par éclater en sanglots! Il nous racontait ça en riant et avec une délicieuse pointe d’humour typiquement australienne, mais dans le fin fond de son regard, on pouvait toujours y lire de la peur ainsi qu’une trace d’amertume. Je vous le dit, il ne retournera pas au Canada de sitôt!

Nous avons donc passé une très agréable soirée, et après le Klub Re, nous avons fait deux autres arrêts dans des bars au hasard pour faire de la "dégustation" de vodka. Nous sommes finalement rentrés clopin-clopant à l’auberge, sachant que nous devions nous lever très tôt le lendemain matin pour faire une journée de visites touristiques, mais pleinement enrichi de nouvelles notions de polonais.

Jeszcze jedną kolejkę proszę! (Une autre tournée pour la table, s'il vous plaît!)

Et glou et glou et glou.

Jeszcze raz proszę… (Un peu plus, s'il vous plaît...)

Et glou et glou et glou.

Chciałbym wynająć samochód. (Je voudrais louer une voiture.)

Vrom-vrom-vrom.

Bang-kapout!

Piiiin-poooon-ppiiiiin-poooooon.

Oh! Czy jestem aresztowany?! (Oh! Suis-je en état d'arrestation?!)


Nie zrobiłem nic złego! (Je n'ai rien fait de mal!)


To było nieporozumienie!!! (C'est une erreur!!!)


Dokąd mnie zabieracie? (Où m'emmenez-vous?)


Czy mogę po prostu natychmiast zapłacić karę? (Pourrais-je simplement payer une amende ?)


Chcę rozmawiać z adwokatem. (Je voudrais parler à un avocat.)



© Madeleine Beaudet, 2009. Tous droits réservés.