mercredi 21 janvier 2009

CHAPITRE 8 - Flamman – Jazz & Burgers

Après la première journée de cours, quoi de mieux que d’aller se détendre au son de musique jazz live et manger des hamburgers?!


Cette activité est fort populaire les mercredi soirs au Flamman, un autre bar strictement réservé aux étudiants, qui se trouve en bordure du centre-ville. Flamman, ce n’est pas qu’un bar, c’est également le nom d’un autre « ghetto » étudiant, toutefois beaucoup plus petit que Ryd.


Nous sommes partis vers 18h15 pour arriver en avance (ça ouvrait à 19h), mais une fois sur place, nous avons constaté qu’il y avait déjà une très longue file d’attente! Il faisait très froid dehors, mais ayant entendu parler des fameux hamburgers, et ayant une faim de loup, nous avons attendu patiemment pendant que la file avançait au compte-goutte.


Enfin, c’était à notre tour de laisser nos manteaux au vestiaire, mais nous avons rapidement remarqué les nouvelles files d’attente devant le comptoir pour commander des breuvages et hamburgers. Avant de se mettre en ligne à nouveau, nous avons voulu trouver un coin pour s’asseoir, mais là encore, il ne restait plus de place aux tables. Cependant, en longeant les murs nous avons fini par trouver une espèce d’enclave où s’entassaient quelques banquettes en cuir rouge, assez pour asseoir une dizaine de personnes étant confortables avec l’idée de la proximité corporelle.


Mes amis se sont donc assis, mais pas pour longtemps puisqu’il fallait retourner faire la file pour les hamburgers. Cette fois-ci, l’attente fut brève, mais cela a donné assez de temps à d’autres d’envahir notre petit espace. En m’approchant un peu du nouveau groupe d’occupants, malgré la pénombre, j’ai remarqué qu’il s’agissait du groupe d’amis d’une fille qui nous avait accompagné jusqu’au Flamman, une fille dénomée Yesim (prononcé Yeshim), originaire de Turquie et que j’avais déjà rencontré dans une soirée « pancakes » organisée par une ukrainienne (Oksana) que nous connaissions toutes les deux. Elle m’a d’ailleurs salué en me voyant, et j’en ai profité pour m’infiltrer!


En effet, j’ai vu qu’une minuscule place était vacante entre une fille très menue et un garçon peu souriant. Je me suis avancée dans le périmètre et je me suis exclamée « Bonjour! Je suis Madeleine la canadienne, et je suis heureuse de faire votre connaissance! ». Je me suis aussitôt assise dans l’espace trop restreint pour mon postérieur en rigolant, question de ponctuer mon exclamation d’un geste concluant, et j’ai tout de suite demandé à chacun de se présenter pour éviter un moment de silence inconfortable.


Il s’agissait d’amis ou de connaissances de Yesim, qui étaient arrivés, pour la plupart, peu de temps avant le commencement des cours (comme moi!), directement en provenance de Turquie. J’ai tenté du mieux que j’ai pu de répéter leur nom correctement, ce qui a semblé satisfaire nombre d’entre eux, et une blague ou deux plus tard, l’atmosphère était détendue et les sourires sont apparus sur toutes les lèvres, sauf celles de mon voisin de droite, mais ça viendrait, fallait juste le brasser un peu… ;-)


J’ai ainsi découvert que Mustafa, mon voisin de conversation de face, était un grand fan d’Alanis Morissette mais surtout de Yann Tiersen (celui qui a composé la trame sonore des films Amélie Poulain et Goodbye Lenin!). Étant canadienne, il m’a tout de suite demandé si je connaissais Alanis, et quand je lui ai dit que oui, qu’elle était correcte, il m’a tout de suite regardé d’un air ahuri, comme si je venais de dire la plus grosse bêtise du monde. Je me suis tout de suite reprise en disait qu’elle était bien, même bonne, puis voyant que ces sourcils demeuraient froncés et son expression consternée, je me suis exclamé que c’était une artiste incroyable, ce après quoi il a applaudi en m’expliquant qu’il avait payé une fortune pour aller voir son concert à Istanbul. Il était trop adorable, un vrai de vrai fan, complètement étourdi par le talent de ses idoles. Il a déjà ses billets pour aller voir le concert de Yann Tiersen à Londres!


Il m’a dit qu’il avait imprimé la partition de la trame sonore d’Amélie mais que, ne jouant pas de piano, c’était trop compliqué et qu’il était découragé. Je lui ai offert mon assistance, et quand il a su que je pouvais jouer toutes les pièces, il est devenu comme Taz, le personnage des Looney Toons. Je n’avais même pas posé un doigt sur une note que j’étais déjà quasi vénérée (et très mal à l’aise)! Je lui ai donc promis mon aide si on réussissait à trouver un piano sur le campus.


Par après, j’ai eu la chance d’échanger avec mon voisin pas souriant, qui finalement était très comique! Au début de la soirée, pour engager la conversation avec lui, j’ai voulu le photographier avec sa voisine pour ensuite lui montrer le résultat : pas de sourire. Je lui ai dit être très déçue, puis il m’a regardé avec tout le sérieux du monde, affirmant solennellement « Okay, donne-moi un instant, s’il-te-plaît ». Il s’est alors appuyé les coudes sur les genoux, la tête entre les mains, faisant semblant de masser ses tempes avec ses paumes, symbolisant un haut niveau de concentration. Il a pris une grande inspiration, suivi d’une grande expiration, a relevé la tête, toujours très sérieux, en affirmant « Vas-y, je suis prêt ». Une seconde avant d’appuyer sur le déclencheur, un sourire a soudain illuminé son visage, juste le temps de prendre la photo! C’était tellement drôle, il était tellement pince-sans-rire! Génial!



Sa voisine était également tout-à-fait charmante, et son histoire vraiment incroyable. Depuis son enfance, alors qu'elle habitait en Turquie, sa mère était décidée à partir s'installer en Suède avec la famille. Elle a donc entreprit d'apprendre le suédois en suivant un cours par-ci, et un cours par-là. À la maison, pas question de parler turque, c'était le suédois! Ainsi, arrivée en Suède, elle parlait déjà couramment la langue, à un point tel qu'elle le maîtrisait mieux que le turque! Actuellement, elle assiste un nouvel étudiant étranger (un français) dans son intégration, car elle est peer student. Il s'agit d'un concept très commode voulant qu'un étudiant étranger ait la possibilité de rencontrer un suédois pour l'aider à se retrouver dans la ville et à en apprendre plus sur la culture suédoise. Moi, j'ai ma merveilleuse Maria! :-)


Mon copain de siège et moi avons donc jasé une bonne partie de la soirée, pendant que des nouveaux groupes de conversation se formaient autour de nous, mélangeant turcs, allemands, singapouriens, américains, française, lithuanien et notre chère italienne, le tout au son de musique jazz live. Ce fut vraiment très agréable. Nous avons attendu plus de deux heures pour nos hamburgers, mais ils en valaient définitivement la peine!





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© Madeleine Beaudet, 2009. Tous droits réservés.