24 heures de voyagement pour 24 heures de bonheur
Le lendemain de la conférence donnée par M. Dagan, il était temps pour moi de m’envoler vers un nouveau coin de l’Allemagne : Munich. Cela faisait exactement 33 jours que je n’avais pas vu mon amoureux, mais le premier mois de séparation étant toujours le pire, j’avais l’impression qu’une éternité s’était déjà écoulée depuis que je l’avais vu s’éclipser à l’intérieur de l’aéroport de Montréal le 4 janvier.
Croyez-le ou non, me rendre à Munich à partir de la Suède m’aura pris autant de temps (sinon plus) que si j’étais partie du Québec. Porte-à-porte, le trajet aura duré 12 heures. Avant de ne pouvoir serrer Henning dans mes bras à la gare de Munich, il a fallu que je me rende à l’aéroport de Skavsta à Nyköping (à une centaine de kilomètres de Linköping), que je prenne l’avion jusqu’à l’aéroport Karlsruhe-Baden, où j’ai attrapé l’autobus de ville numéro 5, qui m’a emmené jusqu’à la gare de Baden-Baden, où le train m’a amené jusqu’à Karlsruhe, l’endroit où j’ai dû descendre pour changer de train et me rendre à Stuttgart, où, enfin, j’ai changé de train pour la deuxième fois, me permettant d’arriver à ma destination finale; la gare centrale de Munich.
J’ai quitté ma chambre à Linköping à 9h15 du matin, et je suis arrivée à Munich à 20h40. En fait, j’étais supposée arriver à 21h30, mais mon vol avait 20 minutes d’avance. Cela m’a permis d’attraper l’autobus (de justesse) une heure plus tôt que prévu (cet autobus ne passe qu’une fois l’heure), ce qui m’a permis de prendre le train plus tôt également et d’arriver à Munich en avance. En fait, j’ai attrapé l’autobus parce que je n’avais que mon bagage à main avec moi, et parce que j’étais la dernière rentrée dans la navette conduisant les passagers de l’avion jusqu’à l’aéroport, ce qui veut dire que j’étais la première à sortir de la navette et donc à rentrer et sortir de l’aéroport, mais aussi parce que j’ai couru comme une folle dans la bonne direction (sans savoir où j’allais), et parce que j’ai vu l’autobus de loin une fois dehors, et parce que l’autobus était deux minutes en retard sur son horaire, et parce que le chauffeur, qui venait de démarrer son moteur et qui commençait à s’éloigner du trottoir, n’a pu faire autrement que de remarquer la fille qui courait en brandissant les bras telle une personne qui avait le feu au derrière. Il m’a laissé entrer, et j’étais tout sourire et essoufflement lorsque soudain tous les passagers de l’autobus ont exclamé leur exaspération en cœur, juste parce que j’avais retardé l’autobus un 30 secondes de plus.
Le trajet a duré une vingtaine de minutes, et j’ai dû endurer les commentaires imbéciles des passagers impatients (qui étaient tous Français), qui ne pouvaient s’empêcher de faire des remarques sur TOUT ce qui défilait derrière les vitres de l’autobus, que ce soit des paysages ou des gens, ne se doutant pas (ou se moquant) du fait que quelqu’un d’autre pouvait comprendre leurs conversations.
Rendus à la gare, je n’ai pas eu trop de peine à trouvé le bon quai d’embarquement, et je n’ai eu qu’une dizaine de minute à attendre avant de pouvoir monter dans le train. Il n’y avait aucune place pour s’asseoir, mais nous n’avions que vingt minutes de trajet à faire avant d’arriver à la gare de Karlsruhe. J’ai tenté de déceler le sens des bribes de conversation allemande qui me parvenaient de manière décousue. Disons que ce n’est pas comme avec l’espagnol ou l’italien…
Je me suis trouvée une place assise dans le train me menant à Stuttgart, puis j’ai même sommeillé pendant une trentaine de minutes (il ne fallait pas que je m’endorme avec seulement une heure de trajet à faire!).
Pour le train me menant à Munich, j’ai trouvé un compartiment vide (de cinq sièges) où m’installer plutôt que de trouver un siège dans les multiples rangées qui me semblaient trop entassées et bruyantes. Finalement, une jeune femme est arrivée et m’a expliqué que certain des sièges étaient réservés, mais pas les autres. Seule une des personnes ayant réservée s’est présentée, puis un autre jeune homme s’est éventuellement joint au petit groupe, ne laissant qu’un siège de libre.
J’ai fait un peu la conversation avec le jeune homme et la jeune fille, et c’est ainsi que j’ai découvert que nous étions tous dans le train pour aller rejoindre un amoureux ou une amoureuse. En fait, la fille habitait et travaillait à Stuttgart la semaine, puis elle visitait son copain à Munich les fins de semaine (une sur deux, son copain faisait le trajet inverse une fois sur deux également), puis le garçon était dans la même situation sauf qu’il débarquait un peu avant Munich. La fille était comptable, et lui informaticien. La fille m’a expliqué que son copain travaillait énormément, et elle aussi, mais pas autant que lui. Son copain, comptable lui aussi, lui téléphonait parfois à minuit trente ou à une heure du matin pour lui dire qu’il était encore au bureau. La patronne de ce dernier était une ancienne professeure de la fille, et une vraie de vraie workaholic. Elle m’a expliqué que cette dame (la patronne de son chum) était haut-placée dans la compagnie, et que son mari aussi, mais que ce dernier travaillait sur un autre étage pour un autre département. Le mari passait régulièrement ses nuits au bureau, où il avait un lit et une douche. Et les deux enfants? Qui s’en occupait? La grand-mère…
Elle me disait qu’avec une patronne comme celle-là, son copain avait rarement la possibilité de prendre du temps pour lui, et qu’avec le téléphone blackberry qu’on lui avait remis, il se devait d’être joignable en tout temps. Mon dieu!
Jamais. Jamais. Jamais. Je sais, il ne faut jamais dire jamais. Mais non, jamais.
Pendant le trajet, j’ai tenté de joindre Henning en lui envoyant un message texte de mon téléphone cellulaire, mais ça n’a pas fonctionné. Je n’avais apparemment pas accès au réseau allemand. La fille m’a gentiment offert d’écrire un sms en me servant de son téléphone. Mais quand nous avons tenté d’envoyer le message, elle m’a fait remarquer que le numéro que j’avais en ma possession était un numéro de téléphone fixe, et non pas de téléphone cellulaire! Merdouille! M’étais-je trompée de numéro?? Je n’avais pas mon carnet d’adresse avec moi… pas moyen d’appeler son cellulaire pour lui dire que j’arriverais en avance. Tanpis! Je me suis dit que j’étais capable d’attendre, surtout après tout ce temps passé dans des autobus/avion/trains.
En débarquant du train, j’ai quand même jeté un coup d’œil pour voir si Henning était là, mais rien. J’ai été trouver un guichet automatique pour retirer des Euros, puis j’ai trouvé une petite boulangerie pour me mettre un bout de pain sous la dent après n’avoir mangé que deux pommes et du chocolat pendant mes multiples trajets.
J’ai attendu en grignotant mon pain, et finalement, 21h30 est arrivé, puis je me suis rendue au quai où j’aurais dû arriver si j’avais pris le train plus tard. Mais pas la moindre trace de Henning. J’ai marché de long en large, je suis retournée vérifier si j’avais la bonne information sur le quai d’arrivée, mais rien. Le train était déjà garé, et j’ai tenté de longer la plate-forme au cas où Henning avait décidé de faire pareil. Rien. Je me suis remise à marché vers l’entrée, puis soudain, il était là, une grosse fleur jaune dans la main. Ne m’ayant pas encore remarquée, il scrutait attentivement les passants. Finalement, il a dû sentir mon regard sur lui, car il s’est tourné directement vers moi.
Enfin!
L’appartement de mon amoureux
Pourquoi partager une chambre dans un appartement lorsqu’on peut se procurer son propre appartement au même prix? C’est le raisonnement qu’a eu Henning en louant son minuscule 2 ½ en plein cœur du coin hip et bohème de Munich (Schwabing). C’est à 5 minutes de son travail, et à 10 minutes du centre-ville. Ce quartier est populaire entre autres parce qu’il est peuplé de cafés, de clubs et de restaurants, mais il se distingue également par le fait qu’il est l’hôte d’un des plus grands parcs publics du monde, l’Englischer Garten (jardin anglais).
Comment décrire l’appartement où campe mon amoureux? Imaginez-vous une maison de poupée avec un troll dedans. Je ne suis pas en train de traiter Henning de troll, c’est juste pour que vous puissiez visualiser les dimensions!
Si on sort la table de cuisine d’en-dessous du comptoir pour manger, on ne peut plus ouvrir la porte du frigo. Si on prend sa douche, il faut se mettre en petit bonhomme. Si on s’assoit sur le sofa, on peut toucher la télévision d’un pied et le lit de l’autre. Alors, oui, c’est petit, mais surtout, c’est adorable et bien situé! L’appartement se trouve au dernier étage, tout en haut du bloc appartement, et la vue de la fenêtre principale donne sur d’autres jolis blocs appartement aux toits orangés, entourés d’arbres et de plantes (sans doute colorés en été!). L’appartement est illuminé d’un faible halot de lumière qui entre par la fenêtre en début d’après-midi à condition qu’il fasse soleil. L’effet est apaisant quand on est là, sauf que lorsque je parle avec Henning via la caméra web, on a plutôt l’impression qu’il est un terroriste caché dans une grotte quelque part dans les montagnes.
Mon coin préféré de l’appartement est celui où l’unique fauteuil est encastré sous un plafond en angle et entre deux murs : le mur qui sépare l’appartement de Henning de celui du voisin, et le petit muret troué auquel est collé le lit et au travers duquel on a une vue qui donne sur le reste de l’appartement. Ce petit coin (pas pour les claustrophobes) est juste derrière la bibliothèque, où l’on peut se servir parmi une panoplie de romans, de livres de politique, de National Geographic en anglais, français et allemand et d’albums photos. Le paradis, quoi!
Virtual Identity, trottinette et bonbons
Pauvre Henning, il aurait dû se douter qu’il ne pouvait m’emmener sur son lieu de travail sans qu’une tragédie ne s’y produise. La première chose que j’ai remarquée en rentrant sur l’étage de son bureau, c’est qu’il y avait une trottinette directement dans le hall d’entrée. Pendant que mon amoureux allait ouvrir son ordinateur pour trouver ce dont il avait de besoin pour terminer une tâche avant lundi, j’ai commencé par évaluer l’ergonomie des différents espaces de travail en essayant les différentes chaises d’employés. Ensuite, j’ai décidé de partir explorer le reste de l’étage. Mais, pourquoi y aller à pied quand on peut y aller… en trottinette!!!
C’est ainsi que je me suis mise à trottiner partout, sans hésiter à sauter les marches séparant les différentes sections, faisant quelques gros « boum-boum » au passage. À la limite, le simple fait de rouler par-ci et par-là aurait pu être excusable, mais je pense que le fait que je me mette à crier des « wiiiiiiiiiii », « wiiiiiiiiiii » avec chaque nouvel élan a enlevé toutes chances de promotion pour mon chum.
C’est quoi le rapport entre une trottinette et le progrès de carrière de Henning, vous vous demandez? Et bien, je vais vous le dire. Le fait qu’une collègue de travail de Henning se trouve dans le bureau tout le temps de mes rondes et voltiges exploratoires. Le voilà, le lien.
Je me suis arrêtée à mi-chemin dans un « wiiiiiiiii… eeeuh » en apercevant la collègue en question, assise devant son ordinateur dans la section transversale à celle de Hennning. Mmmmm. J’ai arrêté de crier, mais j’ai roulé jusqu’à Henning parce que c’était moins long que de courir.
- Henning?
Il ne me regarde pas tout de suite parce qu’il est occupé avec son ordinateur, mais il me répond malgré tout.
- Oui, choucroute?
- T’sais là, ton travail, tu n’y tiens pas particulièrement, hein? Je veux dire, tu n’aimes pas trop-trop ça?
- Ben, ça paye les factures…
- Ouais, mais… si jamais t’étais renvoyé là, tu ne serais pas trop triste, hein?
Il lève soudain les yeux vers moi, interrogateur, oubliant aussitôt l’importance du courriel qui semblait tant le préoccuper quelques secondes plus tôt.
- Qu’est-ce que t’as fait?
- Il y a une autre personne dans le bureau, Henning. Et j’espère vraiment, VRAIMENT, que ce n’est pas ta boss.
- Scheisse.
Finalement, c’était juste une collègue, mais quand même, c’était une collègue qui travaille souvent avec Henning et qui devait drôlement se demander qui faisait autant de bruit en ce samedi après-midi alors qu’elle essayait de se concentrer sur des choses sérieuses.
Henning a fait les introductions formelles, comme si de rien n’était, et même si c’était super « awkward » au début, les choses se sont rapidement détendues et j’ai appris que cette collègue avait vécu à Montréal pendant six mois dans le Mile End et qu’elle avait « a-do-ré » son séjour là-bas. Ouf! Un point pour moi, et deux pour Henning!! ;-)
Nous avons jasé un peu, et puis constatant que Henning allait pouvoir garder sa job, j’ai continué à me promener en trottinette parce que je n’étais pas capable de me contrôler ou de faire autrement, puis de toute façon Henning parlait en allemand avec sa collègue à propos du travail donc il fallait bien que je me garde occupée (vidéo ci-dessous)!
Une fois la discussion terminée et juste avant de quitter, Henning a été prendre une clé se trouvant dans un des tiroirs du bureau devant l’entrée principale. Cette clé permet d’accéder à une salle MAGIQUE juste en face dudit bureau : une salle où se trouvent des MONTAGNES de bonbons et de chocolat, ainsi que deux frigos pleins de boissons diverses! Et oui, pour stimuler son staff, l’entreprise permet aux employés de se servir gratuitement à leur gré durant les heures de travail. Nous nous sommes remplis les poches de sucreries sans aucun remords et puis nous sommes partis en catimini.
Coup de foudre avec la Bavière
Munich est unique. Ça rime. En fait, malgré le peu de temps que j’ai passé dans la ville, j’ai tout de suite senti une différence entre Munich et les autres villes d’Allemagne que j’ai visitées à ce jour. Les gens travaillent beaucoup à Munich. Je ne sais pas s’ils travaillent plus qu’ailleurs, mais ils travaillent beaucoup, et ça les frustrent. Beaucoup-beaucoup. Ça explique peut-être la pénurie de sourires dont me parle mon chum. Alors, la semaine, les Munichois travaillent-travaillent-travaillent comme des petites fourmis, et la fin de semaine, ils boivent-boivent-boivent de la bière comme le veau son lait. Ça fait sortir le méchant. Parfois, ils assistent à des matchs de soccer dans le stade et sèment la pagaille, d’autres fois ils restent tranquilles à boire du café dans les nombreux restos et bistros de centre-ville où des serveuses grognonnes et renfrognées zigzaguent agressivement entre les tables sans se soucier du pourboire qu’elles savent qu’elles recevront malgré tout. C’est un portrait qui s’enracine dans des stéréotypes là, alors il ne faut pas trop me prendre au sérieux!
J’adore ça. Henning se plaint du fait que les gens sont morons. Moi, ils me font rire! Ben, pas rire comme dans « haha, c’est drôle », mais comme dans « haha, c’est fou! ». Contrairement à l’accent de Henning, ici les gens prononcent les « r ». Henning parle l’allemand comme les Britanniques parlent l’anglais, c’est-à-dire sans prononcer les « r ». Par exemple, il dit « sport » comme ça : « schpoooooat ». Les Munichois disent « schpooooarrrt ». Ahahaaaaaa!!!
Le centre-ville est magnifique. Les édifices racontent leur histoire à travers leurs corniches abîmées, leurs fenêtres aux cadres craquelés, leurs portes au bois usé, et leurs moulures et décorations dont le style témoigne du fait qu’elles ont triplement survécu à la traversée des âges, à la guerre (en partie du moins, mais le travail de restauration est incroyable) et à l’actuelle modernisation.
J'adore l'Europe pour ça. On se promène n'importe où, et chaque coin de rue nous réserve une surprise, que ce soit un panorama spectaculaire réunissant des toits d'édifices plus modernes aux tours impressionnantes d'une cathédrale gothique datant du 15e siècle (telle la Frauenkirche), ou que ce soit une simple colonne dans la rue, sculptée d'un lion et qui nous fait réfléchir aux origines des armoiries bavaroises.
Ma première journée s'est déroulée en ville, à parcourir les rues et découvrir les surprises qui s'y cachaient. Outre la richesse architecturale des bâtiments, outre les beaux cafés et outre les nombreux magasins, il y avait une atmosphère particulière qui régnait dans les rues. On respirait l'histoire et la culture. On voyait des contrastes intéressants qui accrochaient le regard de n'importe quel passant moindrement attentif.
Après avoir fui le bureau de Henning, nous nous sommes d’abord promenés dans les rues environnantes, explorant quelques librairies en chemin, bouquinant délicieusement avant de ne se diriger vers le centre-ville puis de rentrer dans la jolie Theatinerkirche (l’église des Théatins), une église catholique de style baroque située sur Odeonsplatz. En 1827, le roi de Bavière, Louis 1er, a fait construire la salle de concert Odeon à l’angle sud-ouest de la place, d’où son nom actuel, « Odeonsplatz ». L’église est magnifique. L’intérieur de couleur crème est apaisant fait contraste avec l‘extérieur de couleur jaune moutarde. Les murs et les parois sont minutieusement sculptés et ornés de milliers de petits détails plus merveilleux les uns que les autres. C’est grandiose, on se sent très petit en constatant la hauteur des plafonds et on se sent serein en admirant la lumière pâle qui filtre au travers les fenêtres dépourvues de vitrails.
Nous continuons ensuite à sillonner les rues du centre-ville, passant devant la fameuse cathédrale Notre-Dame de Munich (Frauenkirche). Cette cathédrale catholique est la plus grande église de la ville et se trouve sur la Frauenplatz. Les deux dômes qui couronnent chaque tour sont d'inspiration byzantine et datent de 1525, copiant le Dôme du Rocher à Jérusalem.
Musée et marionnettes
Nous visitons éventuellement un musée pour nous distraire de la pluie qui fini par se pointer le bout du nez en matinée le dimanche matin. Il s’agit du Münchner Stadtmuseum, le musée historique de la ville de Munich. Aux premier et deuxième étages, l’exposition Typically Munich nous attend pour nous raconter l’histoire de la ville, en commençant par expliquer que très peu de faits sont connus à propos des origines de Munich. La première mention officielle de la ville apparaît dans un document datant de 1158, dans lequel l’empereur allemand Friedrich Barbarossa aborde la juridiction légale d’un nouveau marché qui se situe à un endroit dénommé « apud Munichen ». Cette date devient en quelque sorte l’anniversaire de naissance de la ville, pourtant cette dernière existait déjà à l’époque, son nom indiquant qu’elle avait été établie par des moines dont l’origine demeure nébuleuse quoique certains disent qu’ils venaient du monastère Schäftlarn, Tegernsee ou Weihenstephan.
Ne vous inquiétez pas, je ne vous embêterez pas avec des milliers de détails historiques, quoique j’en serais fort capable! L’exposition est intéressante mais pas ma préférée. Je suis contente d’en apprendre plus sur les fondations de Munich et sur ses armoiries. Au départ, on les associait à la figure du moine, mais cette dernière a fini par se métamorphoser en enfant (??), le « Münchner Kindl ». Toutefois, ce personnage a longtemps rivalisé avec le lion de Wittelsbach, figure héraldique qui semble avoir persévéré dans son rôle de « gardien » qui surveille la ville (tel qu’en témoigne les nombreuses représentations de lions sculptées à divers endroits de la ville). Même qu’une coutume toujours en vigueur veut que les résidents de la ville frottent le nez des lions qui montent la garde devant le portail du Residenz Palace, construit en 1385 et servant de résidence aux monarques bavarois jusqu’en 1918.
Alors que le premier étage se concentre sur le vieux Munich, le deuxième se consacre au nouveau Munich. Mais Henning et moi avons passé déjà trop de temps (et dépensé trop de concentration) au premier étage et nous passons rapidement à travers la deuxième partie de l’exposition, nous arrêtant seulement devant ce qui attire notre attention.
Juste avant de quitter, nous voulons tout de même jeter un coup d’œil aux troisième et quatrième étages, « juste pour voir ». Finalement, nous sommes captivés par le dernier étage qui abrite une exposition sur… les marionnettes!!! C’est capotant! J’adore! Nous passons beaucoup de temps à scruter les centaines de petites et plus grosses figurines, et je prends plein de photos (qui finissent par être floues pour la plupart… faute de ne pas avoir voulu utiliser le flash).
La dernière salle réunit une foule de spécimens de foire, dont une tête qui crache du sang et qui fait des bruits dégoûtant (voir la vidéo ci-dessous!). Beeeeurk! J’ai tellement eu peur en la voyant. Elle est cachée dans une cage sombre et lorsqu’on s’approche un peu, une lumière s’allume et la tête se met à huuurler!
Juste avant de quitter, nous nous disons que nous n’avons rien à perdre en jetant un coup d’œil à la boutique du musée, une idée fantastique puisque ça deviendra mon endroit préféré du musée! On se croirait dans un magasin d’antiquités! Outre les babioles typiques représentant les diverses expositions, la moitié de la boutique est réservée à une foule d’objet usagés, que ce soit des livres, un vieux vélo, des bijoux, des affiches, des vieilles cartes postales déjà utilisées, et une foule d’objets inusités qui meurent d’envie de nous raconter leur histoire. Nous fouillons, éternuons sous les effets de la poussière, nous nous émerveillons et nous rigolons en comparant nos trouvailles respectives.
Nous « finissons par finir » notre visite et continuons à nous promener dans la ville, la pluie s’étant dissipée pour faire place à un ciel sombre et gris qui n’est pas du tout désagréable.
Nous dînons au restaurant Augustiner Bierhalle pour manger un plat typiquement munichois : les fameuses saucisses à chaire blanche avec de la moutarde sucrée, MIAM! Le restaurant a été fondé en 1294, sauf qu’en 1328, puisqu’il appartenait à des moines, il a dû déménager en raison de la scission entre l’Église et l’État. Par contre, en 1885 le restaurant est revenu à son emplacement original. À ses débuts, le restaurant était aussi une auberge, mais plus maintenant. Apparemment la bière était si bonne que les moines étaient toujours saouls… ou peut-être était-ce la pénurie d’eau potable qui faisait en sorte qu’il ne pouvait boire autre chose?? Hihi.
Le restaurant a sa propre charcuterie et fait donc ses propres saucisses. On nous les apporte dans un bol d’eau bouillante, et pour les manger, il faut d’abord enlever la peau, mais certains (peu gracieux) s’y prennent autrement et coupent le dessus de la saucisse pour ensuite en aspirer la chair bruyamment… Henning et moi commandons chacun « Zwei Stück Augustiner Weiβwürste mit original Weiβwurstsenf » (deux saucisses avec de la moutarde), le tout accompagné d’une « Augustiner Vollvier hell » (bière blonde). Les serveuses sont particulièrement renfrognées et grognent au lieu de parler en prenant notre commande! Trop drôle!
Repus, nous quittons le restaurant pour déambuler parmi les rues étroites un peu en retrait des attractions principales, explorant par-ci et par-là sans but précis. C’est merveilleux! Je suis tellement heureuse!!
Le retour
Une chance que j’ai commencé à jouer au soccer en Suède, parce qu’autrement je ne crois pas que j’aurais été en mesure d’attraper l’autobus qui m’a permis d’attraper mon avion… Les trains en Allemagne sont généralement à l’heure, mais là, les dix minutes de retard étaient fort peu commodes considérant que j’avais à peine dix minutes de jeu entre l’arrivée de mon train à Baden-Baden et le départ du bus me menant à l’aéroport. À bord du train, j’ai trouvé le contrôleur en lui demandant si j’avais raison d’espérer pouvoir attraper le bus ou du moins avoir une alternative si jamais je le manquais. Il m’a regardé comme si j’étais complètement débile, et m’a répondu « mais qu’est-ce que j’en sais??? ».
Okaaaaaay. J’ai donc pris mes jambes à mon cou dès l’instant où le train s’est arrêté devant le quai, et j’ai couru, couru, couru sans trop savoir dans quelle direction je m’en allais. J’ai vu un autre homme courir comme un fou, et je me suis douté qu’il se rendait lui aussi à l’aéroport. Je l’ai rattrapé, et il m’a demandé en allemand si je me rendais à l’arrêt de bus moi aussi. Vous savez, je ne me doutais pas que l’adrénaline pouvait faire disparaître les inhibitions : mon cours d’allemand débutant a soudain émergé de mon subconscient et voilà que je parlais allemand!!! Nous avons trouvé l’arrêt et avons attrapé le bus de justesse. Nous avons eu une petite conversation à propos du fait qu’il habitait à Stockholm pour son travail depuis sept ans, à propos du fait que j’étais étudiante, etc. Bref, du small talk, mais EN ALLEMAND! ;-)
J’étais trop contente d’arriver à l’heure à l’aéroport. Attendre le prochain autobus aurait signifié que j’aurais manqué mon vol. Prendre un taxi pendant 30 minutes aurait ruiné mes chances de faire ma prochaine épicerie… haha!
C’est ainsi que je suis rentrée à Linköping, trois trains, un vol et un trajet en autobus plus tard, la tête pleine de beaux souvenirs et déjà remplie d’anticipation pour un prochain voyage et une nouvelle rencontre avec mon amoureux.
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