jeudi 5 mars 2009

CHAPITRE 24 - Jour "V"

Le « jour V » est arrivé!! Après à peine quatre semaines de répétitions, à trois jours près de la Journée internationale de la femme, il était temps pour notre petit groupe d’« actrices » de performer dans la seule et unique représentation des Monologues du vagin sur le campus de l’université de Linköping.


Deux jours plus tôt, nous avions eu la répétition générale devant un petit auditoire rassemblant une vingtaine de personnes. C’était la première fois que nous voyions la scène sur laquelle nous allions performer, et nous nous sommes rendues compte qu’une atmosphère intime régnait dans la salle, baignée d’une lueur chaleureuse projetée par des spots rouge et bleus. Cette pièce (dénommée Gasquen) est habituellement un bar étudiant se trouvant au sous-sol du Kårallen, un édifice en plein cœur du campus Valla.


C’était étrange de voir l’endroit où nous allions performer après avoir passé tant de temps à visualiser la salle dans notre imaginaire sans pouvoir nous douter de ce dont elle aurait l’air. J’étais à la fois rassurée et inquiète de voir que c’était moins gros que ce que je pensais, rassurée parce qu’il n’y aurait pas trop de monde, mais inquiète parce qu’une telle intimité signifiait que des gens allaient être assis à seulement un pied de distance de la scène, celle-ci étant surélevée de moins de deux pieds de haut par rapport au plancher. Cette proximité voulait dire que nous ne pourrions ignorer l’auditoire, qu’il serait là, juste devant nous. Je me suis dit que les premières rangées allaient définitivement être directement à la portée de nos postillons, ou du moins des miens! ;-)


La scène se trouvait directement dans un coin de la pièce et était de forme triangulaire, petite, dépourvue de rideaux ou de coulisses. Après tout, ce n’était pas fait pour faire du théâtre, mais ça allait définitivement faire l’affaire pour une « production » de niveau amateur comme la nôtre!


La répétition a causé beaucoup de stress auprès de mes collègues et de moi-même, surtout parce que nous n’avons été capables de soutirer que quelques sourires des spectateurs tout au long de notre performance. Il n’y a eu aucun éclat de rire, sinon un ou deux petits éclats « tués dans l’œuf », aussitôt sortis qu’ils étaient étouffés! Nous étions tellement angoissées en voyant que les gens ne riaient PAS! Qu’allait-il se produire durant la vraie performance?? Les gens riraient-ils, participeraient-ils, seraient-ils choqués, nous jetteraient-ils des pelures de banane ou des tomates pourries???? (faut pas exagérer, quand même…)


Nous avons décidé de croire que le silence de notre auditoire était causé par le fait qu’il était lui-même intimidé, que les gens qui le composait étaient si peu nombreux qu’ils n’osaient sûrement pas rire par peur de nous déranger pendant notre répétition, quoique nous aurions vraiment apprécié quelques interruptions pour nous préparer au real deal et nous permettre de nous imaginer devant un gros groupe de personnes.


Malgré le silence des spectateurs, les actrices ont chacune exécuté leurs monologues, se trompant parfois mais jamais de manière évidente ou majeure. C’était bon d’être sur scène et de pouvoir tester les micros, de mettre au point les projecteurs et de décider du meilleur moyen de parler, de bouger, d’interagir avec les objets sur la scène. Georgi, un ami de toutes, était notre technicien, notre homme magicien, notre ange-gardien, et une chance qu’il était là! Il a pu trouver une console pour le son (grâce à des amis DJs), il a su contrôler le son des micros parfaitement, il était un pro au niveau des lumières (il a suivi une formation), et il a fait quelque chose de fantastique avec le très peu de ressources et de matériel qui étaient à notre disposition.


Malgré le silence des gens lors de la répétition, ils ont tenu à nous rassurer à la fin de la performance en nous félicitant et en nous assurant que tout le monde allait « aimer ça ». Nous sommes rentrées chez nous avec le cœur rempli de doutes, mais sachant qu’il était trop tard pour reculer.


Mercredi, la veille de la représentation finale, nous avons eu une dernière répétition intime (juste entre nous) dans une salle de cours, et jeudi, c’était le temps d’en mettre plein la vue aux deux cents personnes qui se sont présentées. DEUX CENTS PERSONNES!!!! Une chance, nous n’avons appris la taille de l’auditoire qu’après la fin de la représentation! Autrement, ça aurait été beaucoup trop éprouvant!


En voyant la taille de la salle, je n’aurais jamais cru que cette dernière pouvait contenir autant de monde. Il y avait environ 140 places assises (de simples chaises cordées en rangées, les unes derrière les autres) mais plusieurs personnes sont restées debout à l’arrière de la pièce ou se sont accotées sur le bar tout le long de la représentation. Magnus, une des précieuses personnes qui ont aidé avec l’organisation de l’événement, a compté le nombre de personne qui a assisté à la pièce.


La représentation était gratuite, et les gens pouvaient acheter de la bière sur place durant la performance. Les profits de la bière serviraient à payer la location de la salle.


Nous attendions une centaine de personnes, mais pas deux cents personnes!!! Je pense qu’il est intéressant de mentionner qu’il y avait beaucoup, beaucoup d’hommes. Je m’attendais à un auditoire majoritairement féminin, mais ce ne fut pas le cas.


Nos costumes? Être habillées de noir, tout simplement. Certaines avaient quelques accessoires, mais rien de compliqué; un foulard par-ci, des chaussures de couleur par là, etc.


Voici quelque photos de notre warm-up avant la performance:


Quelques photos en "coulisses" pendant la performance:



La pièce a duré environ 1h45, avec une intermission de 15 minutes. Au tout début de la performance, avant que quiconque ne mette le pied sur la scène et pendant que nous étions « en coulisse » (dans le corridor derrière la salle), nous écoutions Erin (notre directrice et metteure-en-scène) présenter la pièce en encourageant les gens à acheter de la bière. Après de brefs applaudissements, Irina est allée sur scène faire l’introduction officielle (qui fait partie de la pièce, introduction écrite par l’auteure, Eve Mensler). Après les deux premières phrases, les gens riaient déjà.


Ahhhhhhhhhhhhhhhhh. Fiou!


Nous avons toutes soupirée de soulagement en même temps, je crois. Ils riaient!! Ils trouvaient déjà ça drôle! Ouf! Ouf!!!! Tout allait bien se passer!


J’ai eu beaucoup de plaisir. Vraiment. Avant de n’embarquer sur scène, je me suis rappelée les raisons pour lesquelles j’avais choisi de participer à cet événement, et je me suis également rappelée d’avoir du fun avec les spectateurs, parce qu’après tout, c’était ça le but, s’assurer que les gens s’amusent pendant que nous nous amusions aussi.


Je ne peux dire que j’ai eu conscience de la manière dont les gens ont réagi à mes performances respectives, car j’étais trop concentrée pour me rendre compte de quoique ce soit. De plus, les lumières, à mon grand soulagement, nous aveuglaient et nous empêchaient de voir l’auditoire. Tout ce que je sais, c’est que je voulais mourir pendant mon deuxième monologue car mes DEUX bretelles de soutien-gorge sont TOMBÉES de mes épaules pendant que je gesticulais comme une folle. J’ai continué à performer comme si de rien n’était, et une chance que l’élastique de la brassière gardait tout en place, ce qui ne m’a pas empêché de me douter que mes deux bretelles étaient bien visibles et je me suis alors demandée si je devais ou non les relever! Outre le fait d’être très peu gracieux, je crois que si j’avais décidé d’y toucher, ça aurait encore plus attiré l’attention des gens sur les bretelles. TANPIS! The show must go on.


Une fois la pièce terminée, il y a eu un torrent d’applaudissements avec des gens qui criaient « More! MORE! ». On a même eu droit à une ovation debout!!! Hihihi!!


Voici quelques photos prises par des amis durant notre performance:


Nous sommes sorties de scène pour aller nous cacher brièvement dans le couloir et nous féliciter mutuellement, puis en sortant dans la salle pour nous mêler aux gens et boire une bière à notre tour, nous avons été submergées de commentaires positifs et de félicitations. Certaines personnes croyaient que nous étions des actrices professionnelles ou des étudiantes en art dramatique! (Ben voyons-donc…!)


Autant des amis que des étrangers sont venus nous serrer la main ou nous donner des becs ou des accolades amicales pour nous féliciter. C’était surréel, comme si nous étions toujours des personnages fictifs et non pas nous-mêmes. Tous les regards posés sur nous, c’était trop, mais c’était aussi génial! Je ne le referais sans doute pas deux fois (quoique plusieurs spectateurs se soient plaint qu’il n’y avait qu’une seule représentation), mais j’ai savouré notre moment de « gloire » pendant que ça durait!


Voici quelques photos de "l'après-performance":



La soirée s’est terminée chez un ami et nous avons bien rigolé. Je suis tellement contente d’avoir pris part à cet événement. Ça en valait vraiment la peine!!! Certes, il y a eu des mécontents, quelques critiques de gens choqués ou de gens perplexes (deux filles russes sont parties pendant l’entracte), mais on ne peut pas plaire à tout le monde! La plupart des gens étaient ébahis, tandis que mes copines et moi étions euphoriques!


J’ai même signé un autographe sur l’affiche qui annonçait l’événement et qui avait été décollée du mur par un fan! Haha!!!


(En passant, j’en profite pour vous projeter dans le « futur » et vous dire qu’environ deux semaine après le spectacle, en raison du succès remporté lors de la performance à Linköping, l’organisation UF a décidé d’organiser une deuxième représentation des « Monologues du Vagin », cette fois à Norrköping, sur l’autre campus de l’université qui se trouve à une trentaine de kilomètre de Linköping. Cette représentation sera ouverte au grand public et pas juste aux étudiants! Quand? Le 28 avril 2009. The pressure is on… again!)




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© Madeleine Beaudet, 2009. Tous droits réservés.