L’école secondaire. Onze ans après m’y être vue décerner un diplôme, je suis toujours aussi soulagée d’avoir complété cette étape de ma vie. C’est la pensée qui traverse mon esprit alors que je franchis la porte du John Bauer Gymnasiet, une école secondaire dans la ville de Linköping à proximité de mon université.
J’observe les adolescents déambuler nonchalamment dans les couloirs, ceux qui fument une « cloppe » devant l’entrée principale, et ceux qui se chamaillent dans le lobby à côté des tables de ping-pong et de babyfoot (ils ont du budget ici! haha).
Je suis ici pour participer à des séances de conversation en anglais avec quelques groupes d’étudiants qui se trouvent dans les classes de Bella, Christian et Karin, trois professeurs qui ont organisé ce projet. Les étudiants se sont vu remis des consignes très précises dans le cadre du projet, et ils ont eu toute la session pour se préparer en conséquent. Le projet s’intitule « Moving abroad ». Les étudiants, en petites équipes, doivent s’imaginer dans le rôle de parents ayant une famille constituée de deux enfants, respectivement âgés de 12 et 17 ans. La famille que les étudiants personnifient doit déménager à l’étranger dans un pays anglophone pour quelques années. Les étudiants peuvent choisir d’immigrer au Canada, aux États-Unis, en Australie ou en Grande-Bretagne.
Afin de faire un choix réfléchi, ils doivent enquêter sur les différents pays en trouvant de l’information sur le système d’éducation, le système de santé, les différences et similarités entre lesdits pays et la Suède, etc. Ensuite, ils doivent préparer une série de questions qu’ils poseront à des invités qui participeront à des séminaires avec eux : Eric et Annie (américains), Chris (anglais), Ed, Rhys et Paul (australiens) et Shannon, Peter et moi (canadiens). Nous sommes tous étudiants à l’université de Linköping, à l’exception de Chris, qui est un professeur à la retraite (et qui, autrefois, faisait partie du Merchant Navy). Mais j’aurai l’occasion de vous reparler de Chris dans un autre chapitre, c’est tout un personnage!
C’est ainsi que, pendant quelques semaines, je me suis retrouvée à faire la « conversation » avec de jeunes ados, élaborant sur les us et coutumes de notre grand pays (avec une emphase sur le Québec). Malheureusement, ils étaient complètement désintéressés pour la plupart… Les premiers groupes furent les pires. Deux classes de garçons, JUSTE des garçons, qui étudient en concentration informatique et qui n’ont jamais vraiment eu de relations sociales extensives, du moins, autres qu’avec leur ordinateur. Les séances de discussion avec eux furent longues et pénibles, et les questions posées furent principalement orientées sur les lois par rapport à la consommation d’alcool et de drogues. Les lois à ce sujet sont très strictes en Suède, et certains ados se sont vantés d’user de réseaux illégaux de vente d’alcool afin de s’approvisionner pour faire la fête les fins de semaine. Wooaaaw.
Dans d’autres groupes, nous avons été confrontés à des jeunes plutôt effrontés. Une fille en particulier me revient en tête. Une blonde qui portait ses lunettes de soleil en classe. La première fois que nous l’avons vu, elle a tapé les fesses de son professeur avec une pile de papier alors que ce dernier sortait de la classe pour nous laisser discuter avec les étudiants. Il n’a même pas réagit! Je pense qu’il était sidéré, mais plutôt que de réprimander l’adolescente, il a fait comme si de rien n’était. Voyons-donc!
Cette fille nous a donné du fil à retordre, mais moi quand j’étais dans une petite pièce avec son groupe à l’écart du reste de la classe, je me suis dit que tant qu’à perdre mon temps, j’allais les faire baver un peu. J’ai été aussi provocante qu’eux en leur renvoyant les questions stupides qu’ils me posaient et quand ça ne donnait plus rien de discuter, je leur ai fait chanter leur hymne national et quelques chansons folkloriques. Enfin, je leur ai raconté des faits divers sur le Canada…
Ils ont particulièrement apprécié l’histoire du « toe shot », mieux connu sous le nom de « Sourtoe Cocktail », de mon amie canadienne Shannon. Cette dernière habite au Yukon mais est originaire de la Colombie-Britannique. Elle m’a raconté que les gens qui vivent au Yukon sans y être nés sont baptisé « outsiders ». Cependant, après un an, on les rebaptise en tant que vrai « Yukoners », mais seulement après avoir survécu à un rite incontournable : boire le « toe shot » au Downtown Hotel à Dawson City au Yukon. C’est un shooter de whiskey Yukon Jack, avec un orteil amputé dedans. Un VRAI orteil amputé (avec l’ongle). Les orteils amputés proviennent entre autres de malheureuses personnes s’étant gelé les extrémités dans le froid du Grand Nord et ayant fait don de ce petit bout de corps à l’hôpital dans l’optique d’être un jour touché par les lèvres d’un Yukonnais « en devenir » lorsqu’il avalera son shooter (sans l’orteil, au risque de se voir imposer une amende de $250.00!). Ce cocktail anthropophage coûte une dizaine de dollars et est servi par le maintenant célèbre Capitaine Dick Stevenson, qui récite sa phrase fétiche au moment où il remet son drink à l’heureux élu : « Drink it fast, or drink it slow, but your lips must touch this gnarly looking toe ». Il faut en effet que les lèvres du buveur touchent l’orteil au moment où il avale son shooter. J’ai un gag juste en y pensant…
Grâce à de telles histoires, j’ai réussi à captiver mon « public », leur faire apprendre un peu d’anglais et leur faire découvrir des aspects inusités de la culture canadienne, tout en inspirant des parcelles de leur respect! Ha!!!! J’ai déjà été ado moi aussi… ;-)
Je ne suis pas certaine de savoir ce que ces jeunes ont appris de nous (outre des histoires farfelues), mais je sais que moi, j’en ai appris pas mal sur eux! Sans nécessairement s’en rendre compte, ils nous ont livré des secrets sur leurs habitudes et leurs pensées. Ils m’ont surtout convaincue que les ados sont partout pareils!!!
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