mercredi 4 mars 2009

CHAPITRE 23 - Café, thé, chocolat et gémissements

En vue de notre représentation imminente des Vagina Monologues, et avec moins de quatre semaines pour apprendre nos textes et terminer la mise-en-scène, nous avons pratiqués nos monologues presque tous les jours, lisant d’abord puis récitant enfin nos textes respectifs entre nous. Nos répétitions ont eu lieu soit dans des salles de cours vacantes, dans l’appartement d’Erin et Irina ou parfois dans la chambre de l’une d’entre nous.


Les premières rencontres avait pour but de briser la glace et de nous rendre à l’aise autant les une avec les autres qu’avec le sujet de la pièce de théâtre. Notre petit groupe d’ « actrices » comporte huit filles provenant de sept pays différents : Derya (Turquie), Katrina (Russie), Irina (Bulgarie), Gabriella qu’on surnomme toutes Gaby (Mexique), Evi (Grèce), Marijana (Macédoine), Shannon (Canada), et moi. Erin, notre directrice et metteure-en-scène, est américaine, originaire du Vermont (c’est une quasi québécoise!).


Quoique nous sommes toutes très contentes de participer à un tel projet, certaines filles démontrent toujours une angoisse profonde à l’idée de devoir parler de vagins devant un auditoire international qui pourrait mal interpréter nos textes et s’offenser. Pourtant, comme d’autres plus confiantes le font remarquer à celles qui sont plus craintives, c’est un peu le but de faire cette pièce de théâtre : en performant la pièce, on parle des tabous liés au vagin pour non seulement démystifier la chose mais surtout pour briser le malaise qui entoure n’importe quelle discussion liée à l’organe sexuel féminin. De toute façon, il faut croire que les gens qui assisteront à la représentation auront déjà une idée de ce qu’ils viennent voir et que s’ils sont choqués, c’est tanpis! On ne pourra qu’espérer leur soutirer quelques rires!!


Les premières répétions ressemblaient plus à des rencontres informelles que des répétitions sérieuse. Du thé, du café, des biscuits et des gâteaux s’étalaient chaque fois sur la table devant nous et nous papotions tout en nous délectant devant toutes ses sucreries. Nous lisions tour à tour nos textes, riant comme des gamines ou passant des commentaires pour détendre l’atmosphère. Certaines filles en profitaient pour faire des confidences, et à chaque nouvelle rencontre, les liens se tissaient tranquillement alors que les répétitions devenaient de plus en plus formelles et sérieuses.


Au bout de trois semaines, le monologue de Shannon devint le centre d’attention, car son monologue, The Woman Who Loved to Make Vaginas Happy, comporte une section où une fille devrait performer une séquence de différents types de gémissements, feignant l’orgasme. Certaines étaient à l’aise avec l’idée, d’autres pas du tout. C'est pourquoi Erin a proposé que nous commencions par essayer les différents gémissements sans décider officiellement de qui les performerait, simplement pour voir lesquels étaient les plus drôles, ceux avec lesquels nous étions le plus à l’aise, et pour voir si nous étions capables d’inventer nos propres gémissements. Certaines filles performèrent certains gémissements mieux que d’autres, selon qu’elles étaient à l’aise ou non, et le remue-méninge qui suivit produisit une foule de gémissements de notre propre création qui sont, je vous l'assure, très cocasses.


Nous finîmes par décider que plusieurs filles performeraient cette section du monologue plutôt qu'une seule, donc environ deux gémissements par fille. Celles qui ne se sentaient pas à l’aise ne seraient pas obligées de performer. C’est ainsi que cinq d’entre nous se virent désigner deux ou trois gémissements chacune.


Vous nous imaginez en train de nous pratiquer cette partie du monologue de Shannon en plein après-midi dans une salle de classe à côté d’un cours de mathématiques??? Mais quoi de mieux pour se préparer à la vraie performance que de se pratiquer tout près d’un public, même si ce dernier est involontaire…


Certaines répétitions furent plus productives que d’autres, mais de règle générale, toutes les filles se présentèrent et nous finîmes par connaître non seulement nos propres textes mais une bonne partie de tous les différents monologues par coeur! La mémorisation fut plus facile pour certaines alors que d’autres éprouvèrent plus de difficulté non pas parce qu’elles n'étaient pas capables de mémoriser leur texte mais parce que le stress les déconcentraient lorsqu’elles se pratiquaient.


Hier, c'est-à-dire l’avant-veille de la représentation, nous avons toutes mémorisé nos monologues pour de bon, et une fébrilité était palpable dans l’air alors que nous prenions conscience du fait que l’arrivée du jour « V » est imminente et irrévocable.


Enfin, demain le calendrier affichera le 5 mars, et il sera temps pour nous de performer. Aujourd'hui, j'ai surpris des conversations à l’école, à l’épicerie et dans mon ghetto, et je constate que les gens sont nombreux à avoir entendu parler de la pièce. Il ne reste plus qu’à voir s’ils se pointeront le bout du nez pour assister à la performance, et si oui, s’ils apprécieront le spectacle!



Me voici en train d'essayer de mémoriser un de mes textes...

1 commentaire:

  1. Je ne m'inquièterais pas trop d'offenser qui que ce soit si j'étais vous... je crois que le nom de la pièce est assez révélateur...

    Bonne chance !

    En passant, est-ce ta compatriote Macédonienne se fait beaucoup achaler avec son nom...?

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